En ces temps troubles et moroses, le monde avait besoin de Tyler Ballgame. Une voix absolument incroyable, un goût prononcé pour le son analogique des années 70 où il passe du rock à la soul avec une facilité déconcertante. Le tout sous un malin écrin indie-pop solaire et positif. Immense coup de cœur pour la naissance d’un futur grand.

Peut-être que ces lignes vont mal vieillir et que le garçon va rapidement céder à toutes les sirènes de la facilité pour devenir une immense popstar. Ou bien alors restera-t-il comme un trésor de la scène indie. Le bon souhait serait un compromis et de le voir accéder au succès par la voie empruntée aujourd’hui. Car Tyler Ballgame a absolument toutes les cartes en main. Une tronche, une bonhommie contagieuse et surtout, SURTOUT, une voix monumentale. Capable de passer du crooner soul à l’aigu puis au baryton en un rien de temps, il suffit de quelques secondes pour avoir les poils sans crier garde face à tant de grâce.
Malgré tout, l’histoire n’est jamais ni linéaire ni écrite d’avance. Au sortir du Berklee College of Music, Tyler ne vit pas de son don et reste reclus chez ses parents, à Rhode Island. C’est à force de persévérance et de courage qu’il va forcer le destin. Direction la Californie, Los Angeles et ses scènes ouvertes. Une terre promise pour des milliers d’artistes et bien lui en a prit puisque Jonathan Rado, moitié de Foxygen (revenez quand vous voulez les mecs) et producteur sollicité, ne va pas passer à côté de la poule aux œufs d’or et lui propose de travailler un disque ensemble. Une merveilleuse et prolifique idée.
Le goût prononcé de Rado, accompagné par Ryan Pollie, pour les compositions analogiques au vernis vintage très 60’s/70’s sonne comme une évidence pour appuyer les capacités vocales de Ballgame. Un titre, I Believe in Love, résume assez bien l’affaire. Un grain bluesy-soul pour ouvrir le morceau, un refrain rock baroque où la voix du bonhomme s’élève façon lyrique de manière ahurissante et une sonorité lumineuse de bout en bout. Tout est là en un morceau, immense. La carte de visite est tamponnée.
Ce condensé de talent se répand tout du long de For the First Time, Again où les moments de bravoure sont légions avec cette alternance entre envolées de ballades soul (les grandissimes You’re Not My Baby Tonight, Goodbye My Love) et énergie rock’n’roll (Matter of Taste, Down So Bad). Une aisance et une prestance tout bonnement bluffantes offrant un large éventail d’émotions, de la plus solaire à la plus douce. Mais toujours avec positivisme.
Car Tyler Ballgame a décidé de chanter l’amour, la joie, la confiance en soi avec une sincérité très touchante. Peut-être de manière naïve, peut-être dessinée aux Crayola, mais ça fait aussi parfois du bien de se laisser porter par ce genre de messages simples, de voir le verre à moitié plein. Surtout lorsqu’il est accompagné d’une mise en musique aussi léchée, qui se prête parfaitement à l’exercice, avec même cette petite touche indie-pop très maline et bien sentie (Got a New Car, Ooh, Waiting so Long).
Niveaux influences, on passe de mini segments de rupture très inspirés Beatles à Roy Orbison pour le coté crooner jusqu’à des élans de Freddy Mercury sur l’autre immense cathédrale de l’album, Deepest Blue, autre morceau tiroir, où l’on traverse une multitude de strates musicales, dans un style moins extravagant mais tout aussi spectaculaire. Grand, très grand.
Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Tout est déjà là, bien en place. Des premiers albums aussi bien ficelés, il n’en existe pas légion. Où point le sentiment de voir apparaître sous nos yeux l’évidence d’un acte fondateur, la naissance d’un artiste appelé à de grandes choses. Quand il sera l’heure dans onze mois de faire un coup d’œil dans le rétro, nul doute que le nom de Tyler Ballgame sera placé tout en haut dans la catégorie des révélations de l’année. A minima.
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Alexandre De Freitas
