Tellier n’a rien perdu de sa foi pop. Capable de toutes les facéties kitsch et d’être touché par la grâce, l’ami Sébastien fait avec son nouvel album Kiss the Beast ce qu’il sait faire de mieux : être pile entre les deux. Un disque en guise de synthèse pour célébrer 25 années d’une discographie riche.

25 ans maintenant que Sébastien Tellier fait partiz du paysage. Un quart de siècle au cours duquel il aura su marquer de son empreinte la musique française, passant du poète lunaire de L’Incroyable Vérité et de La Ritournelle à l’hurluberlu de l’Eurovision en passant par le gourou suave sur l’immense Sexuality. Autant de facettes, de personnages avec lesquels jouer, tricoter pour perdurer durant les années 2010, certes moins fastes, mais néanmoins suffisamment intéressantes pour ne jamais devenir has been, ne jamais sortir l’album de trop – et signer en plus quelques B.O de qualité.
Au contraire, c’est même avec une petite pointe de curiosité que Kiss the Beast débarque. Car mine de rien, depuis 2014 et le joli L’Aventura, il n’y avait eu qu’un disque, Domesticated, sorti en plein Covid et qui n’a, forcément, pas spécialement retenu l’attention. Il est donc question ici de revenir par la grande porte, de montrer que le talent et l’inspiration sont intacts et que Tellier en a encore sous la semelle pour sortir un disque de pop française comme il en a le secret. Avec les moyens de ses ambitions.
Pour arriver à ses fins, il convoque un riche panel de collaborateurs des plus variés. C’est ainsi que l’on retrouve du Victor Le Masne, compositeur et directeur artistique des derniers J.O, et plus loin Kid Cudi, un Nile Rodgers à la gratte, et SebastiAn ou Oscar Holter pour les segments plus électroniques. Une disparité de styles pour une multitude de possibilités, ce qui est toujours une bonne nouvelle pour un garçon qui ne s’interdit pas grand chose depuis le début de sa carrière.
Kiss the Beast se permet donc de concilier disco-pop kitsch des eighties (Refresh, Thrill of the Night, Romantic) et de grandes envolées orchestrales, des titres hybrides et de la variété française indé (le très Sexuality Naïf de cœur ou le joli final Un Dimanche en Famille). Un melting-pot comme souvent déroutant au premier abord, mais qui finit tout de même par trouver sa propre logique sous l’interprétation et l’écriture mi-touchantes mi-abstraites de Sebastien Tellier.
Pour chaque titre discutable, Parfum Diamant ou Amnesia en tête, on retrouve des moments de grâce difficilement contestables. Portés par les compositions de Le Masne, Mouton et son miroir Loup (deux morceaux thérapeutiques où la science de la métaphore du bonhomme est assez remarquable) sont les points centraux et vitaux du disque. Les fondations – ajoutons le très bon Copycat – qui permettent d’accepter les excentricités plus ou moins réussies d’à côté. C’est ce qui fait aussi le charme du personnage, cette manière de souffler le chaud comme le froid.
Plutôt qu’un virage ou une évolution musicale, ce disque est une sorte de synthèse de tout ce qu’a pu faire Tellier au fil de sa discographie. Lui qui habituellement est plutôt friand de l’album-concept, le voici en mode « best of ». Sans pour autant faire dans le réchauffé ou le fan-service, préférant l’audace et le goût du risque assumé, l’ambivalence éternelle entre musique festive et introspective. Une sincérité artistique salutaire.
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Alexandre De Freitas
