Premier roman d’un auteur décédé à l’âge de 28 ans, Ghostman est un très bon page-turner qui renouvelle malicieusement le thème du braquage. Entre Atlantic City et Kuala Lumpur, le récit en forme de course contre la montre nous entraîne dans le sillage d’un homme sans nom, un « ghostman », expert dans l’art devenir quelqu’un d’autre…

Le récit de braquage est un thème tellement populaire (en littérature comme au cinéma) qu’il constitue presque un genre à part entière au sein des littératures policières. Avec Ghostman, l’Américain Roger Hobbs nous offre une habile variation sur ce motif pourtant quelque peu éculé. Dans ce roman, tout commence justement par le casse d’un casino. Deux hommes braquent le Regency d’Atlantic City mais leur plan, pourtant millimétré, tourne au carnage : les braqueurs se font braquer, l’un d’entre eux est abattu et son complice, grièvement blessé, disparaît avec un butin de plus d’un million de dollars. Le mystérieux Marcus, le commanditaire de cette audacieuse attaque, engage alors un ghostman, un homme sans identité, capable de changer de visage et même de voix, et de devenir qui il veut en quelques minutes. Sa mission : retrouver le sac qui contient l’argent, un sac piégé qui explosera dans 48 heures. Le compte-à-rebours est lancé…
On l’aura compris, Ghostman se présente comme l’enquête d’un criminel de haut-vol, chargé de retrouver le butin du casse et, on s’en doute assez vite, il n’est pas le seul à vouloir mettre la main sur l’argent. Les fédéraux entrent vite dans la danse, bientôt rejoints par les hommes de Wolf, mafieux particulièrement cruel au service des narcotrafiquants. Malgré ce ballet de personnages, l’intrigue reste limpide et, si elle démarre assez lentement, elle accélère progressivement et efficacement, au point de devenir totalement addictive. Une fois lancé sur les traces du braqueur qui s’est évaporé dans la nature, le protagoniste ne recule devant rien pour mener à bien sa mission. Intelligent, prévoyant, ordonné, cet homme est redoutable. Capable de négocier avec les criminels les plus dangereux, il peut aussi avoir recours à la force avec la même facilité. On se passionne donc très vite pour cette histoire menée avec un évident savoir-faire et qui s’inscrit dans une certaine tradition, celle du page-turner, pas toujours très crédible, mais diablement efficace.
Ajoutons que Roger Hobbs a eu la très bonne idée d’entre-couper son intrigue principale de chapitres en forme d’analepses qui reviennent sur les liens entre Marcus et le ghostman. En effet, si ce dernier a accepté d’aider le commanditaire du braquage du Regency, c’est parce qu’il a une dette envers lui. Des années plus tôt, un autre casse organisé par Marcus, a tourné au fiasco à cause du ghostman. Il revient donc par épisodes sur l’attaque d’une banque de Kuala Lumpur, minutieusement organisée mais qui pourtant, on le sait dès le départ, a échoué par sa faute.
Roger Hobbs reprend donc les codes traditionnels du genre dans un thriller plein de rebondissements et de suspense. Rien n’est vraiment nouveau ici, mais tout est parfaitement maîtrisé, et l’on comprend vite pourquoi Ghostman a été nominé pour l’Edgar du meilleur premier roman en 2014, et pourquoi la Warner a acquis les droits d’un livre que l’on verrait bien porté à l’écran. Entre de bonnes mains, Ghostman pourrait devenir une excellente mini-série. Avec ses criminels décrits comme des professionnels hors-pairs et impitoyables, et son intrigue pleine de chausse-trappes, Ghostman s’impose comme un excellent page-turner, sans prétention mais diablement efficace.
Décédé d’un overdose en 2016, Roger Hobbs venait de publier un second roman, Vanishing Games, seconde apparition du ghostman. Espérons que les éditions Gallmeister nous le proposent prochainement.
Gregory Seyer
