Les courants d’arrachement est une merveilleuse fresque qui nous embarque de Lisieux dans les années 30 à Casablanca dans les années 50. Reine, la bien nommée, affronte les coups du destin avec la rage de vivre chevillée au corps. À l’annonce de la mort de l’homme qu’elle aime, isolée sur un rocher alors que la mer monte, elle se souvient…

Casablanca, 1955 : ce matin-là, Reine a réussi à s’échapper du riad luxueux dans lequel elle vit avec son oncle, sa tante, son frère et son époux. Elle a rejoint avec sa petite fille Rose la plage où elle retrouvait Jean, son amant, l’homme qu’elle voulait épouser, celui qu’elle attendait depuis cinq longues années. Après avoir installé sa fille encore endormie sur la plage, elle s’isole sur le « rocher des condamnés » qui a abrité leurs rencontres. Cette plage nichée au fond d’une crique est peu fréquentée. Les courants sont dangereux. Sans s’en apercevoir, les baigneurs sont emportés au loin par ces fameux courants d’arrachement qui empêchent de regagner le rivage.
Reine, submergée par le désespoir et le chagrin après l’annonce de la mort de Jean, ne voit plus aucune issue. Elle attend que la marée monte pour se laisser emporter. En attendant que l’eau recouvre le rocher, elle se souvient.
Années 30, banlieue ouvrière de Lisieux : elle vit une enfance pauvre entourée d’une ribambelle de frères et sœurs. À la mort de sa mère, un couple de notables la recueille avec sa petite sœur préférée, Zélie. Elle découvre un foyer aimant et érudit. Mais la guerre les rattrape. Le couple est juif, il doit fuir. Malheureusement, Reine et Zélie ne pourront pas rester avec eux.
Années 40 : Reine a grandi. La guerre est passée, emportant Zélie dans son sillage. Un oncle ayant fait fortune au Maroc, alors sous protectorat, la fait venir pour combler le mal d’enfant dont sa femme et lui souffrent.
Années 50 : Reine est une jeune femme de bonne famille, avide de savoir et de fêtes. Mais la duplicité de sa tante, encouragée par le frère de Reine, sera sa perte. Trop heureuse de se débarrasser de cette jeune fille trop belle et trop indépendante, elle lui tendra un piège qui l’obligera à se marier.
Élise Lépine a séquencé son roman en de courts chapitres, naviguant entre passé et présent, tel le reflux des vagues. Si Reine souhaite se laisser emporter par Les courants d’arrachement, nous découvrons bribe par bribe tous les courants d’attachement qui l’ont construite. Le couple de notables, son oncle, Jean, sa fille et Latifa, la jeune femme à son service. Est-ce que ces liens seront assez puissants pour l’empêcher de commettre l’irréparable ?
Les courants d’arrachement est le premier roman d’Élise Lépine et c’est une vraie réussite. En plus d’une très belle fresque, elle entretient un réel suspense : que va décider Reine ? Le lecteur retient son souffle jusqu’au point final.
Un vrai coup de cœur pour le roman et pour Reine.
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Caroline Martin
