On l’appelait Bennie Diamond est un roman d’apprentissage qui se déroule dans le monde très fermé des diamantaires à Anvers. Bennie Goodman nous entraîne dans une histoire de famille, d’amour et de pouvoir. Michaël Dichter, jeune réalisateur, réussit brillamment son entrée dans la littérature.

« Diamonds are forever », les diamants sont éternels : cette devise orne le fronton de la Bourse à Anvers, là où s’échangent pierres précieuses, argent et pouvoir. Mais tout ne commence pas sous le toit biseauté de ce bâtiment, conçu spécialement pour offrir la lumière la plus naturelle aux diamants. Tout commence bien avant sa naissance pour Bennie Goodman : dans les années 30, en Pologne, dans un shetl ; là où ses aïeuls ont vécu avant la seconde guerre mondiale et la Shoah. Au fil des pages, avec des aller-retours entre passé et présent, nous découvrons comment le fils d’un rabbin est devenu l’un des diamantaires les plus puissants.
Michaël Dichter a une formation de scénariste et de réalisateur, et ça se lit ! Les chapitres, aussi courts que les scènes d’un film, s’enchaînent à un rythme effréné qui donne envie de découvrir la suite. D’ailleurs, une adaptation cinématographique serait déjà en cours.
Mais revenons à Bennie, quand il n’est qu’un enfant et qu’il s’appelle encore Goodman. Le jour de sa Bar Mitzvah, son père l’emmène dans le grenier pour lui montrer un moulin servant à tailler les pierres. Il lui offre un diamant pour officialiser sa majorité religieuse. Lors de sa taille, la pierre éclate et Bennie en conservera toute sa vie une cicatrice sous l’œil et un éclat de diamant incrusté dans la peau.
Est-ce là que tout s’est joué ? Peut-on prêter à cette pierre un pouvoir ? Comment un gamin du quartier juif d’Anvers, grandissant dans les années 60 et 70 dans une famille modeste de retoucheurs et très pieuse, se sent à ce point attiré par les diamants ? Certes, son grand-père Yehuda fait partie des plus grands diamantaires, mais il n’a aucun contact avec lui. Est-ce que l’histoire familiale se transmet inconsciemment et nous transcende malgré nos résistances ?
On l’appelait Bennie Diamond raconte la vie d’un jeune homme tiraillé entre son devoir de rester auprès de sa famille pour suivre son destin déjà tracé et son envie d’émancipation. Alors que le père de Bennie souhaite qu’il étudie la Torah, son fils fera un tout autre choix qui pourrait l’amener à sa perte. Il sent que quelque chose d’autre l’attend.
Des ateliers de taille à la bourse, jusque dans les arcanes des négociations avec leurs codes, Michaël Dichter nous fait entrer dans un monde fermé et secret. Seules dix familles disposent d’une véritable « vue » sur les diamants grâce à leurs accords avec De Beers, le syndicat qui contrôle les mines de diamant à cette époque. Les vendeurs, dépêchés par des négociants, doivent obtenir le meilleur prix pour chaque pierre. Ce prix sera noté sur le « paper » qui enveloppe la pierre. La vente sera conclue par une poignée de main et un « mazal » annoncé entre les deux parties. Et attention au code d’honneur : ce qui se passe à la bourse se règle à la bourse.
Bennie Diamond a un talent brut qui sera taillé au fil des pages. Il sait négocier, il a le talent pour reconnaître les pierres, il a de l’ambition. Mais par-dessus tout, il est amoureux d’Eve, fille d’un des puissants diamantaires. Il se battra comme un lion pour s’émanciper et ne pas renoncer à ses rêves.
On l’appelait Bennie Diamond est un premier roman ambitieux et très réussi. Il nous bouleverse par la sincérité et la fougue qu’a mis Michaël Dichter dans ses personnages.
Vous vous souviendrez longtemps de Bennie Diamond.
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Caroline Martin
