Big Big Train – Woodcut : Prog not Dead

Le collectif prog Big Big Train sort son premier concept album et s’offre un futur. Cinq ans après la mort de son chanteur David Longdon, le groupe a perdu son côté pastoral mais montre avec Woodcut qu’il faut toujours compter sur lui.

Big Big Train
D.R.

L’une des actualités du rock progressif est la ressortie en édition Deluxe de l’effarant Tales From Topographic Oceans de Yes : sorti en 1974, c’est initialement un double album de 4 morceaux de 20 minutes basés sur le new age et les textes hindous, avec des titres du genre The Revealing Science of God. Une véritable provocation pour tout fan des Ramones ou de Post Punk, qui ressort, tenez-vous bien, en version 12 CD, avec entre autres l’habituel live et la version produite par l’incontournable Steven Wilson que l’on retrouve régulièrement derrière ces ressorties. Pour beaucoup, ce disque symbolise la démesure d’un genre qui va perdre de son aura à partir de la fin des années 70, punk oblige. Et ce ne sont pas les tentatives commerciales de Yes (Owner of A Lonely Heart) ou Genesis (l’affreux Invisible Touch) qui vont changer intrinsèquement la donne dans les années 80, au cours desquelles même King Crimson donnera raison à l’ennemi, et sortira trois disques, au demeurant excellents, sous forte influence Talking Heads. Certes, Marillion, IQ ou Jethro Tull sont encore là, mais avec un succès moins marqué, et souvent après un rapprochement avec le metal : Dream Theater, Queensryche et Iron Maiden ont de fait réussi à faire la synthèse entre les gros riffs et les structures complexes qui définissent depuis son origine le rock progressif.

WoodcutTout ça pour parler du cas Big Big Train et du grand émoi qui m’a saisi en 2016 à l’écoute de leur magnifique Folklore : BIg Big Train aura été le premier groupe de rock progressif depuis longtemps à me marquer à ce point. Des guitares certes dans la lignée de celles de Steve Howe ou Steve Hackett, mais pas metal pour un sou, une musique d’une grande subtilité s’inscrivant dans une tradition pastorale anglaise, un Selling England By the Pound / Wind and Wuthering moderne, en gros. L’album n’a pas quitté ma platine cette année-là (Ah ! London Plane…), et il a fallu se pencher sérieusement sur le cas du groupe pour comprendre d’où ils venaient.

Fondé en 1990 par Gregory Spawton (basse, claviers et guitare), il a été pendant 20 ans un groupe indépendant qui distribuait ses disques via son site Web et a totalement changé de catégorie en 2009 avec l’arrivée de l’ancien XTC Dave Gregory aux guitares (il est parti depuis, malheureusement), et surtout de David Longdon, fabuleux chanteur/conteur multi instrumentiste (flûte, claviers, guitares, mandoline…) dont l’arrivée marque le début d’une réussite artistique majeure. Vont suivre English Electric (Part one et Part two), et surtout un trio de disques datant des mêmes sessions : The Second Brightest Star, Grimspound et Folklore, donc, qui vont redonner au genre ses lettres de noblesse. David Longdon a trouvé la mort dans en chutant bêtement en 2021, juste après la sortie de Common Ground. On aurait pu imaginer que cela coupe les pattes au groupe, qui a pourtant réagi très rapidement en embauchant Alberto Bravin, musicien italien en provenance du groupe PFM. Techniquement irréprochable, il lui manquait la chaleur de la voix de Langdon, et des titres ratés comme Oblivion sur The Likes of Us nous ont rendu sceptiques quant à leur capacité à renouer avec la même qualité.

 

Woodcut, sans atteindre les sommets de l’époque Longdon, est heureusement d’un autre calibre. Passons sur le côté concept album un peu fumeux, avec une histoire un peu étrange du héros surnommé « L’Artiste » qui se bat entre son art et sa vie, et qui retrouve entrainé à l’intérieur de la pièce de bois qu’il a créée, et concentrons-nous sur la musique.
Alberto Bravin semble avoir pris le rôle de coordonnateur en devenant producteur et compositeur principal, mais l’album, long de 66 minutes, est un travail d’équipe avec beaucoup de contributeurs : Bravin et Spawton bien sûr, mais également Nick D’Virgilio le batteur qui signe Warp and Left, Oskar Holldorff le clavier, le guitariste forcément gilmourien Rikard Sjöblom et Clare Lindley la violoniste. C’est d’ailleurs l’enchaînement entre The Sharpest Bride chanté par Lindley avant qu’elle ne soit rejointe par Bravin, et l’énergique Albion Press qui est le meilleur passage du disque. Le son est comme toujours excellent, clair et précis, tout en nuances, et le travail des voix absolument remarquable. Quant à Sjoblom, il se révèle être un guitariste très mélodique, son apport étant essentiel sur ce disque.

Woodcut comprend seize titres dont quatre instrumentaux. Arcadia, titre de Spawton, est du pur Big Big Train classique qui ravira les anciens fans : violon, passages symphoniques, douze cordes, c’est superbe. Nous citerons également l’étonnant Cut and Run qui démarre avec des claviers sortis du Roundabout de Yes, et Counting Stars composé par un Spawton à son meilleur.

Pour résumer, le cahier des charges d’un bon album de prog est plus que respecté, Woodcut figurera sans peine parmi les réussites du genre en 2026. Le groupe a une excellente réputation en live, et avait annulé un concert prévu à Paris il y a quelques années, alors qu’il écume régulièrement les scènes de son Angleterre adorée. Un concert est annoncé en octobre prochaine dans la mythique salle de Chez Paulette près de Nancy…

Laurent Fegly

Big Big Train – Woodcut
Label : Inside Out
Date de parution : 6 février 2026

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