Le chanteur de Madrugada en tournée européenne a fait sa seule escale française à la Marbrerie, et comblé ses fans en interprétant ses meilleurs titres solos et quelques morceaux de ce grand groupe norvégien.

J’ai bien cru que la malédiction allait encore frapper. Celle qui m’empêche régulièrement de voir Sivert Høyem quand il donne des concerts sur Paris. Soirées prévues de longue date, potes qu’on ne veut pas laisser tomber, il y a tout le temps quelque chose. Le pompon a été la dernière venue de Madrugada à Petit Bain, manqué par manque d’information (promotion insuffisante du concert ou absence coupable de ma part ?). Ça a failli recommencer, Sivert Høyem jouant à priori le même soir que Cory Hanson. Avant le « miracle » du report du concert de ce dernier, qui libère donc le créneau. Il faut dire que je suis Sivert depuis le fantastique Industrial Silence de Madrugada, ce groupe norvégien ayant rencontré un joli succès au début du siècle grâce à l’alchimie entre la voix de crooner d’Høyem et les fulgurances blues rock du guitariste Robert Buras. Le décès de ce dernier en 2007, à seulement 31 ans, a sonné le glas du groupe malgré une tentative de réformation sans magie il y a quelques années, laissant Høyem se concentrer sur une carrière solo. L’évidence est que sans son comparse, Sivert Høyem joue une musique plus sage et classique qui peut manquer de folie pour les fans de Madrugada. Mais sa voix est fabuleuse, l’homme est très attachant, et ses disques restent bons, comprenant également leur lot d’excellents titres qui, regroupés sur un concert, peuvent permettre d’envisager une très bonne soirée.
Nous voilà donc en route pour la Marbrerie. Surprise, c’est loin d’être plein. Effet vendredi pluvieux ou salle excentrée ? Ou le prix de la place un peu cher, à près de 40 euros ? Le premier étage est fermé, et nous devons être entre 100 et 150 à tout casser. Pas facile en ce moment de tourner en France pour ce genre de performer. Nous sommes les premiers à nous plaindre que certaines tournées ne passent pas par la France, mais il faut bien constater que Høyem perd probablement de l’argent à venir nous voir. Jusqu’à quand va-t-il le faire alors qu’il a plus de dates en Suisse, et même huit en Allemagne ? Désespérant, franchement…
Nous allons passer rapidement sur la première partie King Hüsky, le projet solo de Vidar Landa, guitariste du groupe de Heavy Metal norvégien Kvelertak, et qui a sorti un album l’année dernière. Seul sur scène avec sa guitare électrique, il va jouer six titres oubliables, même si le dernier, Running, est le meilleur On ressent souvent le potentiel de ces titres interprétés avec un groupe, et le son de la guitare de Landa ne laisse aucun doute sur son background hard rock. En solo ça a plus de mal à passionner, mais nous lui souhaitons le meilleur…
A 20h45 Sivert et son groupe arrivent sur scène. Basse, batterie, guitare et claviers, ça sent le grand classicisme rock, auquel nous avait préparé la bande son qui nous avait fait patienter avec les Stones, Tom Petty ou Sheryl Crow. Høyem, classe et svelte, dégage un sacré charisme, et c’est parti avec Blown Away. Pendant cinq titres il va y avoir des doutes. Les beaux arpèges de Cato Salsa font leur effet, mais Dancing Headlights ou Going For Gold sont tout sauf passionnants. Sympathique oui, mais il y a le sentiment d’un manque. Christen Knudsen, que l’on sait excellent guitariste, reste derrière ses claviers et on attend qu’il se passe quelque chose.
Sivert prend sa guitare acoustique, et démarre Into The Sea, qui va être le morceau détonateur avec un magnifique solo final de Salsa. L’intensité est là, et le public ne s’y trompe pas avec la première ovation de la soirée. C’est le moment que Sivert trouve approprié pour jouer un morceau acoustique. Cela pourrait faire descendre la tension, mais non : l’anti-guerre Prisoner Of The Road est magnifique, la voix d’Høyem impressionne. À partir de là, le concert va prendre son envol. Now You Know Me / Now You Don’t, tire du récent On A Island, va faire rugir les guitares avec un côté abrasif bienvenu. Le bassiste s’est rapproché, et ça joue soudé. Knudsen a quitté son clavier, et pris la deuxième guitare, et ça fait la différence. The Boss Bossa Nova reste dans la même rugosité.
Le groupe a l’air heureux d’être là, ça se voit, et Sivert nous le confirme. Lioness, très tubesque, et Black and Gold sont plus que bien reçus : tout le monde est bien dans le concert. L’ambiance est intimiste, mais les absents ont eu tort. My Thrivring Heart parle de l’adultère. Co-écrite avec Knudsen, Høyem précisant que l’expérience décrite est sûrement vraie du côté de son comparse mais pas du sien. J’ai cru que nous allions avoir droit à une déclaration d’infidélité comme a pu la faire leur compatriote biathlète aux JO de Milan, mais non, ça enchaîne avec Give It A Whirl, un dernier titre à guitare avec des twin sur la fin. Les deux guitaristes sont à fond, et on pense presque à du Wishbone Ash. Réjouissant, avant une petite pause et le moment Madrugada. Le groupe revient pour quatre titres du groupe emblématique, qui vont aller d’un joli Majesty en acoustique et à une conclusion avec le « très R.E.M« , et plus grand succès du groupe, The Kids Are On High Street qui fait chanter la Marbrerie. Entre temps, nous aurons redécouvert deux titres de l’album éponyme de 2009, Honey Bee, et surtout Look Away Lucifer, aux couleurs springteeniennes. J’aurais peut-être préféré d’autres morceaux, mais c’est son choix…
Le rappel de trois titres, Sleepwalking Man, le mi tempo Moon Landing que j’aime beaucoup, et Hollow pour finir, va définitivement faire oublier le début tiède du concert, pour le conclure sur une note positive. Sivert Høyem est très chaleureux et son plaisir fait plaisir à voir. Il n’oubliera pas de donner rendez-vous après le show pour papoter (et acheter ses tee-shirts aussi quand même). Ce soir, il aura presque intégralement joué les titres de son « best of », ce qui est logique, et le retour pluvieux vers le centre de Paris se fera en fredonnant The Kids Are On High Street. Bien sympathique !
King Hüsky : ![]()
Sivert Høyem : ![]()
Laurent FEGLY
Sivert Høyem et King Husky à la Marbrerie (Montreuil)
Production : Persona Grata Productions
Date : le vendredi 13 février 2026
Leurs derniers disques :
Sivert Høyem – Best Of
Label : Hektor Grammofon
Date de parution : 23 janvier 2026
King Hüsky – King Hüsky
Label : Hype City
Date de parution : le 9 mai 2025
