[Live Review] Jeff Tweedy et Liam Kazar à l’Alhambra : euphorie en famille

Vous avez adoré le disque ? Le concert était encore meilleur ! C’est un samedi soir dont on se souviendra longtemps : 2 h avec Jeff Tweedy interprétant son répertoire solo et principalement son dernier album, pour un résultat dépassant toutes les espérances.

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Jeff Tweedy à Alhambra – Photo : Laurence Buisson

Concert sold out de Jeff Tweedy ce samedi soir à l’Alhambra. Nous avions laissé Tweedy il y a moins d’un an remplir la Cigale avec Wilco, pour l’un des concerts de l’année : il faut croire que la France commence enfin à apprécier cet immense composteur comme il se doit. A moins que… ça parle beaucoup anglais, dans la queue, au merch, au bar… on finit par comprendre : toute la communauté US démocrate de Paris est de sortie, pour entendre celui qui a chanté des chansons de Woody Guthrie avec Billy Bragg, et qui est donc peu susceptible d’avoir des sympathies pour l’administration Trump. Son actualité est un triple album sorti il y a quelques mois, qui contient son lot de perles. Tout n’est pas indispensable, mais Tweedy est un auteur très prolifique, et aime jouer en famille, comme il l’a déjà montré avec le double album Sukierae sur lequel il est accompagné par son fils Spencer à la batterie, sorti il y a plus de 10 ans déjà.

Liam Kazar Alhambra Laurence Buisson 01

En première partie, nous avons la chance d’avoir Liam Kazar, un jeune espoir de la famille Tweedy élargie, puisqu’on le retrouvera plus tard dans la soirée à la guitare avec le groupe de Jeff. Pour situer le niveau, il fera également la première partie de Kevin Morby lors de son prochain concert à Pleyel. Morby, Tweedy, Waxahatchee également, c’est un gage de qualité, et il était impossible de louper cette performance. Il va interpréter ce soir huit titres totalement acoustiques, et c’est une révélation. Voix claire, son de guitare parfait, et surtout quelles chansons ! Pour un peu, on croit se retrouver en 1970 à écouter Jackson Browne. Kazar a interprété principalement des chansons tirées de son récent Pilot Light, mais aussi deux titres de son prédécesseur, Due North. S’il est très apprécié en tant que musicien, il a également une carrière en solo et son album est excellent, même si certains pourront lui reprocher un trop grand confort d’écoute. En acoustique, la qualité des compositions se révèle, et Kazar tient bien la salle. Au moins trois d’entre elles, Holiday et les deux dernières, Didn’t I et Day Off, nous ont impressionné ce soir. Un set très agréable : ce garçon est à suivre…

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A 20h30, Jeff Tweedy, très attendu, entre sur scène avec son groupe : ses deux fils Spencer (à la batterie) et Sammy (aux claviers), Kazar à la guitare, sa sœur Sima Cunningham à la basse et aux vocaux, et Macie Stewart (ces deux dernières formant le groupe Finom) au violon. Comme Tweedy le fera remarquer à la fin du set, tous ces musiciens ont une carrière propre, et il les connaît tous depuis qu’ils sont enfants (Sammy et Spencer, évidemment, depuis plus longtemps que ça). S’il est clairement le leader, les individualités sont là, et Tweedy, en bon chef d’orchestre, va permettre à chacune de briller dans un collectif bien huilé et avec une musicalité de tous les instants.

Comment arriver à témoigner de ce que nous avons vécu pendant deux heures, nous les veinards qui avons eu des places ? Un set magique, humble, avec des moments de perfection musicale grâce à des musiciens en lévitation, et qui nous a fait tout oublier en nous revigorant pour au moins quelques jours, amenant aussi de temps à autre quelques larmes de bonheur ? A certains moments il nous est arrivé de faire le parallèle avec le Saving Grace de Robert Plant, un groupe également dirigé par un leader charismatique s’éclatant avec des jeunes et moins jeunes, en jouant une musique organique, ambitieuse et lumineuse.

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Inutile de faire du titre à titre, Jeff Tweedy a interprété 26 morceaux et la qualité a été constante, avec les deux tiers provenant de son triple album. Là où certains artistes jouant en théorie en solo en profitent pour intégrer des extraits des albums de leur groupe principal, et notamment en rappel, Tweedy ne va pas mentionner Wilco une seule fois. Et ça ne dérangera personne, compte tenu de la qualité des titres interprétés. La différence notable avec les concerts de Wilco tient dans la présence du violon et dans l’importance du jeu de guitare de Tweedy, qui est amené à en jouer moins avec Wilco, qui possède dans ses rangs un Nels Cline qui s’en charge très bien ! Citons néanmoins quelques grands moments de la soirée : le classicisme tranquille de Caught in The Past, le solo de This is How it Ends, ou les mélodies à fendre le cœur de Having Been is No Way to Be ou Cry Baby Cry. Twilight Override n’est pas son coup d’essai en matière de disque solo, et il va nous le rappeler avec des moments forts. Les quatre extraits de l’album Sukierae crédité à la famille Tweedy ont été acclamés, notamment World Away aux guitares tranchantes, et, en fin de set, Diamond Light, Part 1, qui démarre avec une basse funky pour finir en délire bruitiste, avec la section rhythmique qui étire le morceau dans une sorte de transe.

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Tweedy ne va pas beaucoup parler. Il nous a prévenu, il a beaucoup de titres à jouer et en gros, « Let the music do the talking ». Il va néanmoins être sans équivoque dans sa critique de l’administration Trump, en utilisant plutôt l’humour que la colère. Demandant au public s’il y a des Américains dans la salle, il avouera comprendre ceux qui préfèrent ne pas se montrer. C’est plus subtil que les « Fuck Trump » hurlés chaque soir par Jesus Lizard et probablement plus efficace. Pour ceux qui auraient des doutes, les paroles de Feel Free vont les lever : comment ce titre de sept minutes, un peu répétitif sur disque, a pu à ce point être l’une des grandes réussites de la soirée ? Grâce à la communion avec le public, et à notre envie de l’accompagner dans ce manifeste en faveur de la bonté, la résilience et les plaisirs de la vie : « Feel free / Get Yourself born in the USA / Love with a love they can’t take away… / Make a record with your friends / Sing a song that never ends ». En effet ça aurait même pu durer plus longtemps, mais on se rapproche du rappel avec le dernier morceau Lou Reed Was My Baby-sitter. Pas sûr que ça soit une top idée de faire garder des enfants par Lou Reed, mais Tweedy n’a pas l’air traumatisé, et ça nous permet de chanter en cœur « Because Rock n Roll is dead / But the dead don’t die ». Le rock n’est en effet pas mort avec Lou, Jeff est là et il a récupéré le flambeau à notre plus grand plaisir.

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Le rappel de cinq titres va comprendre deux curiosités. Le groupe interprète chaque soir deux titres spécialement pour l’audience locale, qui ne sont pas joués ailleurs. Nous n’avions pas compris le principe, et avons donc espéré en vain entendre le Spanish Bombs des Clash, chanté l’avant-veille à Barcelone (il y a une cohérence généralement). Le lendemain à Genève, il fera un titre du groupe suisse Grauzone (le premier groupe de Stephan Eicher). Nous, en France forcément, on a plus de chance de mal tomber : le Me and Jane Doe de Charlotte Gainsbourg n’était pas indispensable, et la scie Ne me quitte pas donne surtout l’occasion d’entendre Sima Cunningham chanter. Il aurait pu la garder pour Bruxelles, celle-là mais peut-être a-t-il prévu d’y faire Papaoutai ? Pour ne pas rester là-dessus, Enough est logiquement le dernier titre joué, de la même manière qu’il clôture le triple album. Il est 22h30, et ces deux heures sont passées comme dans un rêve.

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Voyageant régulièrement en Europe pour voir Wilco, nous n’avions pas besoin de confirmation que Tweedy est un grand musicien. Il n’était pas anticipé pourtant de prendre à ce concert familial le même plaisir qu’à ceux du groupe de Chicago. La prochaine étape de mon côté ? Rock en Seine bien entendu, Wilco y étant attendu le vendredi, mais peut être aussi l’édition 2027 de Sky Blue Sky, le festival organisé sur quatre jours par le groupe. L’édition 2026 s’est tenu au Mexique en janvier, et a réuni, en plus de toutes les émanations de Wilco comme The Autumn Defense, pas moins que Dinosaur Jr, les Jayhawks, Yo la Tengo, Hurray for the Riff Taff, MJ Lenderman et Michael Shannon avec son groupe de reprises de R.E.M. Quel plateau et quelle jolie perspective !  

Liam Kazar :
Jeff Tweedy :

Laurent Fegly
Photos de Laurence Buisson (merci à elle !)

Jeff Tweedy et Liam Kazar à l’Alhambra
Production : AEG
Date : le samedi 14 février 2026

Leurs derniers disques :

Twilight OverrideJeff Tweedy : Twilight Override
Label : lBpm Records
Date de parution : 26 septembre 2025

 

 

 

 

 

Pilot LightLiam Kazar : Pilot Light
Label : Congrats Records
Date de parution : 7 novembre 2025

 

 

 

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