Paul Bocuse, icône de la gastronomie française, prend vie sous la plume alerte et poétique de Gautier Battistella. Dans ce roman biographique, le journaliste raconte le parcours d’un homme qui a fait sortir les cuisiniers des cuisines.

Paul Bocuse restera longtemps comme le cuisinier qui a fait sortir les cuisiniers des cuisines, celui qui a élevé la cuisine française au rang d’art reconnu dans le monde entier. Star parmi les stars de la gastronomie, l’équivalent d’un Platini pour le football, Paul naît à Collonges-au-Mont-d’Or en 1926, pour s’éteindre 91 ans plus tard dans son auberge, après une vie foisonnante, jalonnée de succès.
Le journaliste et écrivain Gautier Battistella s’est plongé pendant quatre ans dans l’existence de cet homme qui a gagné ses étoiles à la sueur de son front. Il en tire un roman biographique captivant, drôle et tendre où se dévoilent la vie et la personnalité d’un homme hors du commun, qui a cuisiné pour plusieurs présidents, dont Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand.
De manière chronologique, l’écrivain remonte le temps pour raconter d’abord l’enfance du petit garçon de Collonges, pêchant dans la Saône, puis sa vie de jeune adulte, marquée par son engagement comme soldat durant la Seconde Guerre mondiale, avant son retour à l’auberge familiale qu’il reprendra plus tard.
On découvre le parcours de Paul, devenu Bocuse, ses amis, (Michel Guérard, les frères Troisgros), ses amours, ses femmes, dont certaines, comme Raymonde, resteront à ses côtés toute sa vie. Fidèle à une cuisine de tradition, enseigné par la Mère Brazier et Fernand Point, il refusera la nouvelle cuisine pour mieux se développer, ouvrir de nouveaux restaurants, notamment aux États-Unis et au Japon, laissant, par la suite, son fils assurer la relève, et ainsi perpétuer l’héritage et le nom Bocuse pour longtemps.
Mais cette biographie ne serait rien sans la plume alerte de Gautier Battistella. Son style, à la fois rythmé, léger, chantant et poétique, se savoure avec grand bonheur. Sans doute amoureux des auteurs et dialoguistes gouailleurs de l’ancien temps, comme Michel Audiard, il ponctue son texte de clins d’œil, à l’image de ce passage où il réécrit un dialogue du film Un singe d’hiver, remplaçant Jean Gabin par Bocuse et Suzanne Flon par son épouse Raymonde.
Une écriture flamboyante pour un portrait tout aussi vivant, celui d’un homme au caractère bien trempé, qui a fait transpirer plus d’un commis de cuisine au fil de sa carrière. À cela s’ajoutent des recettes et des menus plus succulents les uns que les autres, qui parsèment le livre et viennent chatouiller les papilles du lecteur.
Une vraie lecture plaisir pour les amoureux de la bonne cuisine, mais aussi pour ceux qui apprécient la belle littérature. Si vous en êtes, alors ne vous privez surtout pas !
« Ainsi se transmet et prospère la grande cuisine française. Nulle filiation officielle ou inscription au Registre des Recettes Eternelles, non, de simples tours de main, observés cent fois et reproduits dans la touffeur des flammes et le chuintement d’autres marmites. Oui, tout cela en vaut la peine, se répète Bocuse. Quand on aspire à devenir Hugo, il faut accepter de commencer Misérable. » (page 85)
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Benoit RICHARD
