« 14 juillet » : de Benjamin Dierstein : au coeur des années Mitterrand

14 juillet vient conclure la fresque politique, historique et criminelle de Benjamin Dierstein. Entre scandales d’État et lutte antiterroriste, l’auteur mêle avec virtuosité, fiction et réalité historique pour raconter la France du début des années 1980.

Benjamin Dierstein 2025
© Jean-Philippe Baltel / Flammarion

On reprend, grosso modo, les affaires là où on les avait laissées à l’issue du deuxième tome de la trilogie de Benjamin Dierstein, (L’Étendard sanglant est levé), consacrée à la France des années 70 et 80, plus précisément aux années Giscard / Mitterrand. Marco Paolini, Jacquie Liénard, Jean-Louis Gourvennec, mais aussi Robert Vauthier, le patron du Tchibanga, sans oublier une poignée de Corses mal intentionnés et quelques flics ripoux. On retrouve toute la galerie de personnages que l’on suit depuis deux romans dans un dernier volet qui débute en 1982 et s’achèvera deux ans plus tard.

14-juillet-b-diersteinL’état de grâce est bel et bien terminé pour François Mitterrand. Tandis que l’extrême droite progresse fortement dans le pays sous l’impulsion de Jean-Marie Le Pen, qui enregistre des scores importants avec le Front National, et que les attentats continuent d’empoisonner la vie politique, le chef de l’État décide de renforcer la lutte anti-terroriste, accordant aux services de renseignement français dirigés par le duo Prouteau / Barril des pouvoirs presque sans limites. Il en résultera l’un des plus grands scandales du premier septennat, l’affaire des Irlandais de Vincennes, dans laquelle se retrouve impliquée Jacquie Liénard, personnage central et incontournable de la trilogie.

Son rival de toujours, Marco Paolini, connaît quant à lui une chute lente qui le conduit au bord du gouffre. Jean-Louis Gourvennec, l’ex-flic devenu terroriste, refait surface pour régler ses comptes. Mercenaire et barbouze, Vauthier vit lui aussi une fin de règne vertigineuse. Le Tchibanga n’est plus à la mode, son établissement devient infréquentable et il s’enlise dans ses propres compromissions.

Comme dans les deux précédents volumes, Benjamin Dierstein nous propose un récit minutieusement documenté, déployé sur près de 900 pages, qui nous replonge dans la France de ces années-là, au son des tubes signés Jeanne Mas, Jackie Quartz ou Bonnie Tyler, à une époque où le Top 50 n’existe pas encore.

Il fait revivre de l’intérieur les tourments de la cellule antiterroriste, le travail d’enquête mené par Jacquie Liénard, la France qui défile pour défendre l’école libre, avec en arrière-plan la montée du chômage, les licenciements et les grèves chez Talbot-Citroën ou dans la sidérurgie du côté de Longwy. Le roman aborde également le contexte géopolitique de l’époque, de la Corse au Liban, ainsi que la montée des peurs liées à l’immigration. Il évoque aussi les révélations que menace de rendre publiques le journaliste Jean-Edern Hallier à propos de la double vie de François Mitterrand.

Comme toujours, le récit est régulièrement entrecoupé de retranscriptions d’écoutes téléphoniques et de manchettes de journaux, réelles ou imaginaires, qui permettent d’ancrer l’intrigue dans son époque et de renforcer son impression de véracité.

Reste le dénouement, attendu avec une certaine fébrilité, et la crainte qu’il ne soit pas totalement à la hauteur de cet ambitieux projet de 2.500 pages. Il n’en est rien. Le final se révèle palpitant. Les derniers chapitres apportent des réponses aux interrogations de Jacquie Liénard et à celles du lecteur, éclairant les intrigues développées au fil des tomes et le rôle exact de chacun dans l’histoire récente et plus ancienne de la France.

On ne s’attardera pas davantage sur le style de Benjamin Dierstein dont on a déjà loué les qualités par le passé. Son écriture sèche, nerveuse, et épurée maintient le lecteur sans cesse en éveil face à la densité d’informations, réelles ou fictives, distillées au sein de chaque chapitre. Comme dans les précédents volets, l’auteur mêle habilement le vrai et le faux dans une construction pourtant parfaitement crédible.

Une petite recherche sur Internet permettra, si besoin, d’aller vérifier si certains faits énoncés relèvent de la réalité ou de la fiction, tant ils apparaissent pour certains « incroyables, mais vrais ». Une formule rendue célèbre par Jacques Martin dans une émission qui passait chaque dimanche après-midi, sur Antenne 2, à cette époque.

Cette trilogie fera sans doute date dans l’histoire du polar français, rejoignant ainsi la tradition des grands romans du genre, signés Jean-Patrick Manchette, Didier Daeninckx, Jean Vautrin, Jean-Bernard Pouy, Jean-Jacques Reboux ou encore Frédéric H. Fajardie… bien loin des récits de tueurs en série et de psychopathes qui dominent une bonne partie de la production policière du 21e siècle.

En tout cas, des heures de lecture passionnantes qui offrent une relecture des « années Mitterrand » sous un angle singulier et ambitieux.

Benoit RICHARD

14 juillet
Roman de Benjamin Dierstein
Editeur : Flammarion
880 pages – 24,50€
Date de parution : 7 janvier 2026

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