Wednesday est un groupe qui fait de plus en plus parler de lui, comme en témoigne ce Trabendo complet depuis des lustres. Porté par la personnalité de sa chanteuse/compositrice et âme du groupe, Karly Hartzman, ils ont prouvé ce vendredi soir qu’ils étaient plus qu’un effet de mode.

Parmi tous les concerts parisiens du mois de février, celui de ce vendredi 20 est l’un des plus attendus. Wednesday a sorti en 2025 un album qui a marqué les esprits (Bleeds), dont le cocktail grunge/americana a personnellement tout pour me plaire. Ce n’est pas pour rien que j’ai classé ce disque en tête de mon palmarès pour 2025. Alors, bien sûr, le guitariste MJ Lenderman n’est pas de la fête. Son succès solo l’a amené à tourner de son côté, et il ne joue plus en concert avec le groupe. Cela ne devrait pas être un problème tant Wednesday repose essentiellement sur les épaules de sa chanteuse guitariste et fondatrice, Karly Hartzman, qui généralement concentre tous les regards. Cela va être encore le cas ce soir.
Le concert est complet depuis plusieurs jours et nous nous dirigeons donc tôt vers le Trabendo pour assurer une place dans les premiers rangs, conscients que cala peut engendrer une soirée un peu sportive.

En première partie, nous avons Bleary Eyed, un quatuor mené par Nathaniel Salfi, à la guitare et au chant. En provenance de Philadelphie, le groupe a sorti en 2025 un album intitulé Easy, dans un style shoegaze moderne plutôt réussi, notamment sur Shimmer Away ou Easy qu’ils vont jouer ce soir. On peut par moment penser à Slowdive dans l’utilisation d’une seconde voix, celle de la bassiste Margo Whipps, mais elle est mixée tellement bas que son chant est inaudible. Dommage, parce que quand les guitares se taisent et lui laissent un peu d’espace, elle s’en sort bien. Salfi nous fait le discours habituel des groupes progressistes américains, il se sent bien en Europe où ils jouent pour la première fois, et ils ont l’air de prendre le même plaisir que nous, malgré des passages à la limite Smashing Pumpkins jusque dans la justesse des voix. Une première partie plutôt réussie, il va falloir se pencher plus sérieusement sur le disque que cette seule écoute d’avant concert.

A 21h05, pile à l’heure prévue, Wednesday arrive sur scène. Nous découvrons le nouveau guitariste, Jake Pugh surnommé Spider, qui va être efficace tout du long de la soirée, mais très discret. Hartzman a une jolie guitare sur laquelle sont collés des dizaines de petits objets, et sa présence est déjà phénoménale malgré une fatigue évidente. Elle le reconnaît d’ailleurs, elle est vraiment épuisée par une longue tournée qui les a même fait jouer pour la première fois en Corée du Sud. Pas la peine de le préciser Karly, cela se lit dans tes yeux. Le public est globalement jeune, et de nombreux Américains sont présents. Hartzman demande s’il y a du monde provenant de Caroline du Nord. Et oui, ils sont là : de Charlotte, de Knoxville mais a priori personne d’Asheville, le fief du groupe. Wednesday est encore très ancré dans son État et sa ville, comme R.E.M l’était par rapport à Athens. Il suffit pour cela de regarder le calendrier de la tournée ces prochains mois, et la sur-représentation des salles situées en Caroline du Nord. On n’ose imaginer l’ambiance dans l’Orange Peel d’Asheville le 4 avril prochain pour fêter les héros, et surtout l’héroïne locale.
Le groupe va démarrer Reality TV Argument Bleeds, et montrer sa puissance dès le début du concert. La pedal steel de Xandy Chelmis est encore discrète, et s’efface derrière les guitares rageuses, et la voix encore posée à ce stade de Hartzman. Tout Wednesday est déjà là, dans cette opposition de style entre des guitares presque shoegaze et son évidente appartenance au monde Americana.
La suite va être du même acabit pendant 4/5 titres, dont Got Shocked provenant de l’album précédent, Rat Saw God, qui les avait fait émerger comme une force musicale montante et à suivre absolument. Cet album va d’ailleurs être globalement bien représenté ce soir, puisque le groupe va en interpréter pas moins de cinq titres. Mais c’est bien le deuxième single Wound Up Here (by Holding On) qui va impressionner. Basé sur une histoire locale d’un corps repêché d’un ruisseau, avec des guitares et le chant d’Hartzman dans la lignée directe de Pavement, ce titre va lui permettre de donner son meilleur avec un chant habité.
Maîtresse de cérémonie, elle décrit le déroulement de la soirée en promettant aux pogoteurs qu’ils vont avoir de quoi s’amuser plus tard, mais que le moment country est arrivé.
« I like sleeping with the lights on / You next to me watching Formula 1 » Magnifique titre basé sur sa relation passée avec Lenderman, et nouvelle description poignante d’une tranche de vie et de son intimité, Formula 1 n’est pas interprétée tous les soirs, et l’offrande est donc appréciée. Juste après Phiph Pepsi, c’est l’heure de la reprise. Et il y a deux catégories de spectateurs, quelques Américains chantant le refrain par cœur, et nous, nous grattant la tête. She’s acting single / I’m drinking doubles, ça s’appelle. C’est en gros un tube country du milieu des années 70, d’un certain Gary Stewart, et ce n’était pas indispensable. Twin Plagues, de l’album du même nom, nous montre les gros progrès que le groupe a pu faire en cinq ans, et on enchaîne avec Pick Up That Knife. C’est le titre le plus marquant de Bleeds, tout en guitares scintillantes alors qu’Hartzman se la joue cajoleuse, avant l’explosion finale et les hurlements pendant que la horde des bikers attend dehors : « They’ll meet you outside » hurle-t-elle, en témoignage de la peur qui l’anime. Les nombreuses ruptures de rythme du morceau, et sa qualité intrinsèque pourraient en faire un monument en live, pour peu que le groupe décide de l’étirer un peu, ce qui n’est pas le cas ce soir.
Bath County est du Hole tout craché, même si tout oppose la fille de la campagne Hartzman, et le côté hollywoodien de Courtney Love. La fosse du Trabendo se sera préalablement organisée pour permettre aux plus jeunes, très nombreux, de se lancer dans les pogos promis. C’est le moment pour nous d’effectuer un repli stratégique, qui ne sera pas totalement efficace à la vue de la frénésie de la fin de concert. Elderberry Wine sera le dernier moment calme. Certains considèrent ce titre comme une scie, mais ce n’est pas notre cas. Par contre ceux qui sont venus au Trabendo sur l’écoute de ce single imparable ont dû quand même être surpris.
Wednesday a gardé pour la fin Bitter Everyday et Townies mais surtout Bull Believer et Wasp. Les deux derniers sont placés à la fin du concert parce que Hartzman y hurle tellement qu’elle pourrait ne pas poursuivre le concert s’ils étaient joués plus tôt. Elle crie sa souffrance, pour Gaza et pour les déportations dans son pays. Elle hurle sa colère contre les atrocités du monde, et elle le fait sans retenue, comme c’est le cas sur ses disques. Impressionnant. Tout est dit alors les lumières peuvent se rallumer sans rappel, après 1h20 d’un set d’une belle intensité. Alors verdict, ce concert était-il au niveau des attentes ? En ce qui nous concerne ça ne fait aucun doute.
Bleady Eyed : ![]()
Wednesday : ![]()
Texte : Laurent FEGLY
Photos : Laurent FEGLY et Marion PULIERO (Merci à elle !)
Wednesday et Bleary Eyed au Trabendo
Production : Vedettes
Date : le vendredi 20 Février 2026
Leurs derniers disques :
Wednesday – Bleeds
Label : Dead Oceans
Date de sortie : 19 Septembre 2025
Bleary Eyed – Easy
Label : Born Loser Records
Sortie : 25 Juillet 2025
