« Cadre noir » : le vibrant hommage d’Alix de Saint-André à son père

Pourquoi le colonel Jean de Saint-André, écuyer en chef du Cadre noir de Saumur fût-il, en 1972, brutalement relevé de ses fonctions ? Alix de Saint-André mène l’enquête. Mais plus que dans la réponse à cette question, l’intérêt de son livre réside dans l’histoire touchante des relations entre le père et la fille et la découverte pour nous du fonctionnement de la prestigieuse école d’équitation.

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Francesca Mantovani © Gallimard

Le colonel Jean de Saint-André fut de 1964 à 1972 l’écuyer en chef du Cadre noir, la célèbre école d’équitation de Saumur, avant d’être brutalement congédié. Une humiliation qui laissa en lui une blessure profonde, de même que pour sa fille Alix qui, plus de cinquante ans après les faits, entreprend dans Cadre noir, de dénoncer cette injustice et d’en trouver l’origine. Hommage à la fois émouvant et pétillant à un père adoré et vénéré, le roman d’Alix de Saint-André ouvre au profane les portes du monde fermé de l’équitation dans sa version la plus prestigieuse, celle de cette institution, exclusivement militaire à l’origine, qui vient de fêter son bicentenaire.

cadre-noirTout commence avec la mort de Sa Très Gracieuse Majesté la reine d’Angleterre, le 8 septembre 2022.  Elizabeth II, qui était une passionnée d’équitation, avait assisté en 1972, au Champ-de Mars, à la prestation des cavaliers du Cadre noir placés sous le commandement de Jean de Saint-André. Alix n’avait que quatorze ans à l’époque mais elle se souvient de la beauté du spectacle, de la gratitude de la reine et de la fierté de son père. Pourtant, six mois après, Jean de Saint-André était démis de ses fonctions. Viré, en trois semaines, sur un simple préavis oral, après trente-six ans de bons et loyaux services. Aujourd’hui, Alix, vibrant encore d’indignation, mène l’enquête. Pourquoi une telle disgrâce ?

Cadre noir est avant tout le portrait d’un homme exceptionnel raconté par sa fille. Un hommage rendu à celui qui, d’abord spahi en Algérie, fut nommé « grand dieu » à Saumur – tel est le surnom donné à l’écuyer en chef. Militaire attaché à la tradition mais ouvert à la modernité, il fut le premier à faire entrer une cavalière au Cadre noir. Et n’ayant pas de fils, il initia Alix à l’escrime – et lui apprit à fumer la pipe ! Le départ qui fut imposé à cet homme intègre et compétent, au caractère entier, resta aux yeux de beaucoup, incompréhensible. Mais Alix, elle, veut comprendre. Alors elle dépouille la correspondance de son père, fouille dans les archives de l’École Nationale d’Équitation, scrute les articles de la presse régionale de l’époque, recueille des témoignages…

Une fille qui se bat pour rétablir « l’honneur perdu » de son père… Il faut bien avouer que j’ai eu du mal à me passionner pour le combat d’Alix de Saint-André. Son père, touché par la limite d’âge, a certes été démis de ses fonctions d’une manière inélégante, voire violente, mais sans qu’il y ait rien à redire sur le fond. Le fin mot de cette histoire – celui du moins que lui donne l’auteur, à savoir de sombres magouilles politiques – nous importe assez peu. L’intérêt du livre est de nous faire pénétrer dans l’univers très codifié du Cadre Noir, ses méthodes, ses rites, son vocabulaire, Mais son charme tient essentiellement à la vivacité pleine d’élégance du récit d’Alix de Saint-André, à la joyeuse insolence qu’elle met au service de son goût pour la digression et l’anecdote.

Anne Randon

Cadre noir
Roman français d’Alix de Saint-André
Éditions Gallimard
336 pages – 22€
Date de parution : le 2 janvier 2026

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