« Un rêve immense », de Catherine Bardon : utopie et mystère dans les Galápagos

Catherine Bardon s’empare de faits qui ont défrayé la chronique dans les années 30. Un couple allemand d’utopistes avides de solitude s’exile à la fin des années 20 sur une île inhabitée des Galápagos pour réaliser leur rêve d’une vie simple et débarrassée de toutes les contingences matérielles. Rejoint par quelques curieux, les ennuis commencent…

Photo : Franck Ferville © Editions Flammarion

Catherine Bardon a repris des faits qui se sont déroulés de la fin des années 20 à 1934 et qui sont toujours restés sans réponse. Elle en a fait un roman, Un rêve immense. Nous l’avions découverte avec la saga Les déracinés, qui nous transportait en République dominicaine. Nous restons sous les mêmes latitudes, mais plus isolés encore. Catherine Bardon nous transporte sur l’île Charles, l’une des nombreuses dénominations de cette île des Galápagos, qui a été le théâtre d’une expérience humaine inédite pour l’époque.

Nous reprendrons ici les noms des personnages du roman Un rêve immense. En 1927, Ludwig, un dentiste allemand, entame une liaison avec l’une de ses patientes, Nora. Fasciné par la philosophie et ayant connu une expérience de vie en communauté en Italie au début des années 20, il la convainc de quitter mari et femme respectifs et de vivre isolés sur une île. Il écrirait alors un traité de philosophie de vie alliant végétarisme et introspection. Nora, amoureuse, accepte le défi.

Après avoir expédié leurs biens matériels et leurs époux, les voilà voguant sur l’océan pour rejoindre l’île Charles. Une fois débarqués sur cette île abandonnée, il faut à Nora un temps d’adaptation à cette vie austère. Bien qu’amoureuse (d’un homme pas très agréable, soit dit entre nous), elle rencontre des difficultés à s’adapter à cette vie à la Robinson.

Même si le couple vit isolé, il reçoit malgré tout des visites. Des bateaux viennent régulièrement les approvisionner de quelques biens indispensables à leur survie et des voyageurs curieux de découvrir ce couple atypique font escale sur l’île Charles. Les journalistes ne manquent pas d’écrire des articles sur ce choix de vie peu commun.

Nora s’adapte peu à peu à l’île. Elle s’attache à la faune et la flore qui les entourent. Ludwig est un homme rigide qui ne veut renoncer à aucun de ses principes. Nora réalise alors qu’elle joue le rôle de la femme au foyer, le confort en moins. Le philosophe en herbe ne se préoccupe guère des sujets terre à terre, à Nora de s’en arranger.

Certains de leurs visiteurs deviennent des habitués, comme Allan Hancock, un magnat californien sur lequel Nora peut compter pour la soutenir. Bien entendu, les articles de presse suscitent de la curiosité. Une famille allemande décide alors de rejoindre l’île. Après tout, cette terre n’appartient pas à Ludwig et Nora. Si le couple voit d’un mauvais œil l’arrivée de cette famille, la cohabitation se fait bon gré mal gré.

Tout dérape quand une femme fantasque, autoproclamée baronne et accompagnée de deux jeunes hommes, débarque. Se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas, elle a pour ambition d’ouvrir un hôtel de luxe sur l’île. Dépravée, alcoolique et jalouse, elle sème la zizanie parmi les habitants.

Quand elle disparait avec l’un de ses jeunes amants du jour au lendemain, Nora commence à douter de l’innocence de ses compatriotes. Personne ne saura jamais ce qu’il s’est réellement passé…

Catherine Bardon s’est amusée à distordre la réalité pour écrire Un rêve immense. Le personnage de Nora est attachant. Se lancer dans une telle aventure à la fin des années 20 demandait une certaine dose d’audace (ou d’inconscience). Si certains personnages manquent un peu d’épaisseur, Un rêve immense reste malgré tout un roman qui ne manque pas d’intérêt. Si vous faites preuve de curiosité une fois le livre terminé, vous découvrirez que ces mystères qui entourent « l’affaire des Galápagos » ont inspiré Simenon, qui les aura adaptés dans son roman Ceux de la soif, paru en 1938 et Ron Howard dans son film Eden en 2024.

Un mystère qui traverse les époques…

Caroline Martin

Un rêve immense
Roman de Catherine Bardon
Editeur : Flammarion
320 pages,22 euros
Date de parution : 18 février 2026

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