Kim Gordon – PLAY ME : Clash Gordon

Deux ans après le très bon The Collective, la légende Kim Gordon revient tout aussi en forme et inspirée avec sa suite, PLAY ME, où trap urbaine et rock indus’ font toujours bon ménage. Plus mélodique, plus efficace et plus saignant pour un rendu à la fois cool et revendicateur.

© Moni Haworth

Il y a deux ans tout pile, nous avions quitté Kim Gordon au top de sa forme avec un disque bluffant, The Collective, mélange audacieux de noise et de trap urbaine. La légende de Sonic Youth, 70 bougies au compteur, apparaissait plus badass que bien de ses plus jeunes concurrentes, sûre de sa force, de ses convictions et de ses combats. Connectée au monde qui l’entoure, la Californienne de cœur a compris l’urgence de l’époque, son immédiateté, la vitesse ahurissante à laquelle les choses évoluent, se digèrent pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

Clairement inspirée par cette course dangereuse, elle signe avec PLAY ME un disque directement lié à son prédécesseur. Dont le passage de relais est assuré par le titre ByeBye25, version remise à jour du brûlot introductif du dit-devancier, placé ici en fin de course comme pour boucler la boucle. Une suite logique donc, un prolongement de cette même ambiance musicale chaotique et incandescente. Où l’on retrouve sans surprise son compère architecte sonore Justin Raisen (compositeur pour Yves Tumor, Kid Cudi, Lil Yachty) à la production.

L’album n’est néanmoins pas une sorte de version « deluxe » où l’on rajoute quelques titres écartés du jeu en premier lieu. Ce serait plutôt une face B, une autre facette de la même pièce. Plus direct, plus immédiat, plus accessible peut-être même. Les titres sont courts, rarement au-delà des deux minutes, pour une durée totale d’à peine une demi-heure. Surtout, l’abrasivité indus’ limite abstraite et poisseuse laisse place à des beats mélodiques à la recherche d’efficacité. L’excellente ouverture PLAY ME sonne presque rap jazzy (!) avec ses cuivres quand BLACK OUT ou DIRTY TECH auraient tout aussi bien pu finir sur des mixtapes des rois de la trap Future ou Travis Scott. Le tout avec une aisance et une cool attitude irrésistibles.

Kim G n’en reste pas moins une punk arty, et ne délaisse pas ses fondamentaux. GIRL WITH A LOOK ou NOT TODAY, par exemple, piochent un peu plus dans son lexique rock de base, et viennent calmer les ardeurs les plus ténébreuses. Mais c’est pourtant bien dans le bruitisme et la profondeur des basses que le disque révèle tout son nectar. Lorsque le mélange des genres est le plus poussé : BUSY BEE qui débute comme un titre krautrock (Dave Grohl à la batterie) et finit sur une sorte de rythmique club, SQUARE JAW (destiné frontalement à Elon Musk) aux confins du trip-hop industriel, ou les infernaux SUBCON et NAIL BITTER.

Une atmosphère suffocante sur mesure pour balancer son dégoût des milliardaires, des politiques fascistes, du masculinisme, et même de l’IA et des technologies avancées (on se délecte de PLAY ME et son texte très drôle sur l’algorithme et le nom des playlists des plateformes de streaming), et parfois de tous à la fois, puisque foncièrement liés selon sa logique.

PLAY ME est concis, défile à toute hâte et va droit au but. Moins profond que The Collective sans doute, mais plus lisible, plus facile d’accès sans sacrifier en qualité. Un enchainement de haute volée venu confirmer l’éclatant état de santé artistique de Kim Gordon.

Alexandre De Freitas

Kim Gordon – PLAY ME
Label : Matador
Date de sortie: 13 mars 2026

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