« Deathbringer », d’Ismaël Legrand : sous l’emprise des ténèbres

Pour son premier album, Ismaël Legrand frappe fort en nous plongeant dans une dark fantasy aussi belle que désespérante, où sorcières traquées, chevaliers maudits et Église corrompue se déchirent dans un monde en perdition.

Deathbringer - Ismaël Legrand
© 2025 Legrand / Delcourt

En bon capitaine inquisiteur, le sieur Volostan chasse les sorcières, qu’il mène au bûcher. Toutes, sauf la jeune Henge, qu’il protège depuis son enfance. La jeune sorcière le seconde dans sa mission. Au loin, un chevalier taiseux demande l’asile dans un monastère. Après avoir échappé à une tentative empoisonnement, il occit les moines et affronte un curieux père abbé.

Deathbringer - Ismaël Legrand Le monde médiéval créé par Ismaël Legrand est sombre. Comme pour cocher toutes les cases de la plus dark des fantaisies, le scénario joue avec des zombies et des transis, des chevaliers en armes et des succubes, des pestiférés et les lépreux. Ce monde est en perdition. La fin des temps pourrait être proche.

Le prince de ce monde s’appuie sur l’Église de la Bonne mère, qui traque implacablement les sorcières de Lurn, des boucs émissaires accusées de tous les maux. Pourtant, jadis, ces dernières sont parvenues à vaincre une créature démoniaque. Dans l’incapacité de la détruire, elles l’ont chassée dans un plan médian. Depuis, elle aspire à revenir de son exil. Elle semble être parvenue à corrompre les cœurs et les corps. De fait, qu’ils soient princes ou capitaines, cardinaux ou abbés simoniaques, toutes les figures d’autorité sont cupides, orgueilleuses et assassines.

Cyniques et nihilistes, elles violent et tuent. Toutes pratiquent une magie noire qui les autorise à aspirer le principe de vie de leurs victimes afin de vivre plus longtemps. Au loin, en silence, le peuple subit et meurt.

Un tantinet complexe, le scénario mêle un multivers et des flash-backs, des manipulations et des mensonges, des malédictions croisées et des prophéties. Il serait question de deux chevaliers, un blanc sur fond de ténèbres et un noir sur fond de lumière. Le manichéisme est assumé, la résolution sera rapide et, au final, un peu prévisible.

Mais, l’album se distingue par le réalisme et l’extraordinaire finesse de son trait. À l’image de la couverture, Ismaël Legrand oppose la lumière et la noirceur, la beauté et l’horreur, la nuit et le jour. Les guerriers sont altiers et les scènes de combats enlevées. Les masses d’armes frappent, les épées tranchent et les têtes volent. Vous ne vous lasserez pas d’admirer son travail sur les armures et les visages, ou la multitude de détails des monuments et des monstres, qui rappellent la maestria du Berzek de Kentarō Miura ou les hallucinations de Gou Tanabe.

Alors que notre avenir s’assombrit, Ismaël Legrand tente de nous rassurer, ce n’était peut-être pas mieux avant.

Stéphane de Boysson

Deathbringer
Scénario et dessin : Ismaël Legrand
Éditeur : Delcourt
200 pages – 25,50 €
Date de parution : le 12 novembre 2025

Deathbringer — Extrait :

Deathbringer - Ismaël Legrand
© 2025 Legrand / Delcourt

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