[Live Review] dEUS et Constant Smiles à l’Olympia (Paris) : Still crazy after all these years!

Le fidèle public de dEUS a répondu présent ce vendredi soir et l’Olympia est sold out. Au programme, les deux premiers albums du groupe et donc l’occasion d’entendre en live des titres moins connus enchainés avec des classiques. Et si dEUS s’offrait un futur en revisitant l’inventivité folle de ses jeunes années ?

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C’est la fête du rock belge ce printemps sur dans les salles parisiennes. Alors que nous trépignons déjà à l’idée des futurs concerts de Ghinzu, et que It It Anita va bientôt faire exploser la Maroquinerie, ce sont nos vieux amis de dEUS qui sont à l’Olympia ce vendredi soir. Et pas pour n’importe quelle date, puisqu’après avoir dédié une tournée à leur fabuleux The Ideal Crash il y a 6 ans, c’est au tour des deux premiers albums du groupe, Worst Case Scenario et In a Bar Under The Sea d’être mis à l’honneur cette fois. Cela a un défaut principal, c’est que nous allons probablement assister ce soir à notre premier concert de dEUS depuis 25 ans sans la meilleure chanson live du monde, Instant Street. Et ça, franchement ce n’est pas gentil les gars. Mais par contre, certaines merveilles qui n’étaient plus jouées depuis longtemps, comme Gimme the Heat, qui est très attendue par mon collègue Jérome, Jigsaw You ou Guilty Pleasures, devraient logiquement être intégrées à la setlist.

Ces deux albums représentent une période particulière pour le groupe. Celle de leur découverte bien sûr, et c’est donc une soirée « madeleine de Proust » pour les fans. Mais c’est également le moment de la direction bicéphale du groupe, avec Tom Barman et Stef Kamil Carlens alors aux commandes. Ce dernier est souvent considéré comme étant responsable des passages les plus barrés des disques. Un concert concentré sur ces deux disques peut donc avoir ses moments de douce folie… et redonner envie de les voir à ceux qui trouvent leurs dernières prestations plus fades que celles des débuts.

Constant Smiles 13.3.26 10Il y avait peu d’informations, les jours précédant le concert, sur la présence ou non d’une première partie. Ce sont finalement les New Yorkais de Constant Smiles qui vont s’y coller, après avoir été exfiltrés du Supersonic Records où ils devaient se produire à la même heure. Ce groupe mené par Ben Jones vient de sortir, fin 2025, Moonflowers, un joli disque d’indie-folk avec des influences qui vont de Nick Drake à Real Estate. Selon son état du moment, on pourra apprécier cette musique toute en subtilité, ou au contraire la trouver sans aspérité aucune. Ce qui est sûr, c’est que c’est très éloigné de dEUS et de ses ruptures de rythme incessantes. Jones est accompagné par Nora Knight à la batterie et Spike Currier à la basse et le concert ne va pas être mémorable. De jolis arpèges certes, mais, de façon étonnante, ça chante souvent faux, ce qui est un comble pour un groupe qui a beaucoup misé sur les harmonies vocales. Les Constant Smiles vont donc nous laisser dubitatifs, malgré un dernier morceau mélange de Post Rock et de guitares à la Thurston Moore qui inscrit leur musique dans une pure tradition New Yorkaise. 30 minutes pas désagréables au final, mais qui ne nous laisseront pas un souvenir impérissable c’est clair.

L’entracte de 30 minutes sera par contre très agréable, avec, pour nous mettre dans l’ambiance, les Afghan Whigs, Pavement, Dinosaur Jr ou Morphine. Pas de doute là-dessus, c’est une soirée pour les fans des 90’s, il suffit de jeter un coup d’œil autour de nous pour le constater. C’est un public très masculin, blanc et cinquantenaire qui s’est mobilisé ce soir, ça tranche avec les concerts de Geese !

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A 21h, l’Olympia est bourrée à craquer pour recevoir dEUS. Comme nous l’avions compris, le guitariste Mauro Pawlowski, qui avait quitté le groupe puis était revenu sur la tournée précédente, est absent, remplacé à priori définitivement par le bluffant Simen Folstad Nilsen. Alan Gevaert est à la basse, Stéphane Misseghers à la batterie et le fidèle Klaas Janzoons au violon pour une tournée qui doit le mettre en valeur, compte tenu de la place primordiale que peut avoir l’instrument sur les deux premiers disques de dEUS. Pour diriger ces excellents musiciens, nous avons bien sûr un Tom Barman manifestement en forme, qui s’est trouvé un joli pantalon qu’une amie décriera comme étant piqué à Beetlejuice. Stef Kalil Carlens avait été invité sur quelques dates belges, l’année dernière, et des négociations, malheureusement infructueuses, avaient été entamées pour le faire rejoindre toute la tournée.

dEUS Olympia 13.3.26 17Cela n’entame aucunement notre enthousiasme quand résonnent les premières notes de Jigsaw You. Les fulgurances de dEUS sont déjà bien présentes. Je n’ai pas raté un concert parisien du groupe depuis 25 ans, et c’est la première fois que je l’entends, évènement dans ma vie de fan ! Via et Morticiachair qui suivent sont plus régulièrement dans les setlists, cette dernière étant l’une des préférées des fans, et une synthèse de tout ce qu’on aime dans le groupe avec ces guitares rageuses et cette intensité de tous les instants. Allez, hurlons tous ensemble: “Drop the phone, take the plane and come back home again”. Quel morceau splendide ! Et ça enchaîne avec W.C.S (First Draft), et le violon en folie et la basse de Gevaert très présente. La suite va consister en des titres moins connus du premier album, mais que nous allons redécouvrir, avec une mention spéciale pour Let’s Get Lost, ou l’acoustique Secret Hell. L’inconvénient de tournées consacrées à des albums quasi complets est que le ventre mou est inévitable, dès lors que ces albums ne sont pas parfaits. La richesse de Worst Case Scenario va permettre d’éviter cet écueil à partir du moment où le dernier titre du disque, assez pénible, Divebomb Djingle, est très opportunément zappé sur la tournée. Les six minutes de Hotellounge sont un autre grand moment, même si celui-ci était plus prévisible, et c’est la fin de la partie consacrée au premier album. Donc, oui il en manque bien une, mais patience…

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Le groupe va enchaîner directement avec In a Bar Under The Sea, qui sera pour le coup loin d’être joué intégralement, ses extraits étant principalement des classiques des concerts de dEUS. Ce disque est une synthèse parfaite des orientations mélodiques du groupe, en incorporant des éléments d’avant-garde ne remettant pas en cause son potentiel commercial. Ainsi Theme From Turnpike, grand morceau paranoïaque et barré, qui utilise un sample de Charlie Mingus, et qui touche au sublime encore ce soir, finissant en rythmes africains avant que la basse et la guitare reviennent au thème. Que c’est grand ! Turnpike est le meilleur exemple du génie du groupe, aisément identifiable avec des structures de morceau improbables qui n’appartiennent qu’à lui.

A Shoking Lack Thereof est un choix ambitieux. Joué nulle part depuis 1999 avant cette tournée, c’est le morceau sur lequel l’obsession du groupe pour Tom Waits est la plus notable, guitare à la Marc Ribot comprise. De fait on pourrait trouver cette composition sur Rain Dogs ou Bone Machine. La choisir plutôt que Wake Me Up Before I Sleep montre que dEUS sait encore avoir des décisions artistiques fortes, et va jouer sur les contrastes en y enchaînant la joliesse de Serpentine pour le coup un peu vaine.

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La dernière partie du concert sera plus prévisible pour les initiés, mais on peut imaginer la sidération de ceux qui le voient peut-être pour la première fois : Little Arithmetics bien sûr, mais surtout une version stratosphérique de Fell Off The Floor, Man. Toujours aussi sidérant, du rap initial aux déflagrations de guitare « façon Kalashnikov ». C’est totalement dingue et absolument génial, d’une efficacité rare, même quand on voit le groupe pour la dixième fois.

Il est 22h30, et l’heure arrive d’avoir ce que Barman considère comme une petite tricherie : revenir à Worst Case Scenario pour finir sur l’incontournable Suds and Soda, premier tube du groupe. L’Olympia va régir dès les premières notes du violon de Janzoons, et les balcons enfin se manifester un peu. Ça a été une autre histoire dans la fosse visiblement, et une distribution d’eau a même été organisée pour des premiers rangs qui ne pouvaient absorber plus de monde !

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Le rappel est un excellent résumé de la soirée : un geste pour les fans avec Gimme The Heat, ce trop rare (en concert) temps fort du disque, et Roses, pour le coup systématiquement jouée, et qui clôture le concert avec cette boucle de violon et les guitares saturées qui en font un incontournable.

Un concert différent donc, l’absence de certains morceaux habituels étant compensée par la redécouverte d’autres tout aussi forts mais moins utilisés. dEUS a réussi à transformer un exercice qui est généralement assez passéiste en une soirée originale, qui, de l’avis général, a été une grande réussite. Et pour ne rien gâcher, nous quittons l’Olympia sur l’annonce par Barman d’un nouvel album en gestation. Nous n’en avons décidément pas fini avec dEUS !

Constant Smiles :
dEUS :

Laurent FEGLY
Photos : Laetitia Mavrel

dEUS et Constant Smiles à l’Olympia
Production : Alias
Date : le vendredi 13 mars 2026

Leurs derniers disques :

How To replace It 1280x1280dEUSHow To Replace It ?
Label : Pias
Date de sortie : 17 Février 2023

 

 

 

 

 

MoonflowersConstant SmilesMoonflowers
Label : Felte
Sortie : 7 Novembre 2025

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