« Les naufragés » de Michael Crummey : des destins bousculés par l’Histoire

Les naufragés est un roman qui ne s’oublie pas. De la seconde guerre mondiale aux années 90, du Japon au Canada, Michael Crummey raconte avec lucidité et sensibilité l’euphorie amoureuse et le renoncement. Il ne ménage pas ses personnages, humains faillibles, qui resteront gravés dans la mémoire du lecteur.

CRUMMEY Michael
Photo Chris Bellew / Fennell Photography 2025

Les naufragés racontés par Michael Crummey sont ceux qui survivent aux destins bousculés, aux sentiments contraires, aux raz-de marée qu’impose l’Histoire. Le récit débute par un premier chapitre étonnant qui se déroule aux côtés de soldats japonais dans la jungle asiatique durant la seconde guerre mondiale, bien loin des terres canadiennes promises par la quatrième de couverture. Mais les lecteurs avisés que nous sommes choisissent de faire confiance à Michael Crummeyet de se laisser porter. Et bien nous en prend !

les naufragesAprès ce chapitre introductif bien mystérieux, Michael Crummey nous transporte en 1940 dans la province de Terre-Neuve. Nous faisons alors la connaissance de Wish Furey, jeune Canadien catholique qui, d’île en île et de port en port, projette des films dans les églises pour divertir les habitants. C’est sur l’île de Fogo qu’il rencontre Sadie Parsons, jeune fille de seize ans de religion protestante, fille et sœur de pêcheurs.

Et c’est là que tous les ennuis commencent. L’attirance entre les deux jeunes gens paraît impossible : fréquenter un Catholique quand on évolue dans un milieu protestant est tout simplement inimaginable et intolérable.

La rudesse du récit, qui alterne avec des moments lumineux, est le reflet du climat de Terre-Neuve : gros temps et embellies. En 1940, ses habitants se plient à la dureté de la vie comme ils se plient à la rigueur de la religion. Point trop de distractions, l’église, le travail, et trouver un époux convenable sont les points cardinaux des habitants des îles de Terre-Neuve. Mais c’est sans compter l’entêtement de Wish et la volonté de fer de Sadie, animés tous deux par un appétit de vivre qui dépasse les conventions.

Une succession d’évènements malheureux et la seconde guerre mondiale sépareront les deux jeunes gens… Trouveront-ils la force d’attendre, l’opiniâtreté et la folie de croire que leur amour survivra ? Point de mièvrerie ni de bons sentiments dans Les naufragés. Michael Crummey n’épargne pas ses personnages. Il ne les transforme pas en héros de papier sans doute ni défaut. Bien au contraire, Wish, Sadie et d’autres personnages importants dans le récit sont faits de forces et de faiblesses qui les sauveront et les perdront à la fois.

Michael Crummey a construit un récit foisonnant, mêlant l’intime à la grande histoire. La géographie tient aussi une grande part dans Les naufragés ; les lieux influent sur les existences.

Il nous plonge ainsi dans la dureté des camps de prisonniers au Japon et revient sur le bombardement de Nagasaki. Il évoque aussi l’histoire sociale et religieuse du Canada, les frontières hermétiques qui pouvaient être érigées entre les communautés, générant autant de blessures à l’âme.

Toutes les facettes qui composent Les naufragés sont imbriquées les unes aux autres avec maîtrise et justesse. Michael Crummey, grande voix de la littérature canadienne contemporaine, nous offre ici un roman bouleversant. Il n’hésite pas à malmener ses personnages pour les rendre plus humains.

Un très beau roman anglo-saxon à découvrir !

Caroline Martin

Les naufragés
Roman de Michael Crummey
Traduction de l’anglais (Canada) parAurélie Laroche
Editeur : Phébus
432 pages, 24 euros
Date de parution : 12 mars 2026

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