« Shérif malgré lui » de Chris Offutt : le plaisir de l’habitude

Avec ce quatrième roman consacré à son enquêteur Mick Hardin, Chris Offutt nous offre peut-être le meilleur titre de cette série que l’on aime beaucoup. Polar mélancolique, réflexion sur nos racines et nos attaches, Shérif malgré lui est une nouvelle très belle réussite de ce grand écrivain du Kentucky.

Chris Offutt, Iowa City, Iowa, July 2011
©Sandra Dyas

Avouons-le, c’est l’un de nos grands plaisirs de lecteur : retrouver chaque année ou presque nos héros (souvent des anti-héros), flics ou enquêteurs qui peuplent la littérature policière et que nos auteurs préférés font vivre roman après roman. Il arrive parfois que l’on s’en lasse un peu (on pense notamment au Harry Bosch de Michaël Connelly) mais, le plus souvent, on continue à les suivre vaille que vaille. Ces dernières années, on a ainsi pris beaucoup de plaisir à retrouver l’Ecossais Harry McCoy, héros des romans d’Alan Parks, et donc Mick Hardin de Chris Offutt dont vient de paraître la quatrième enquête, Shérif malgré lui.

Ce nouveau volume – qui ressemble beaucoup aux précédents (même décor, mêmes personnages…) – pourrait déconcerter les nouveaux venus tant les liens avec le livre précédent (La Loi des collines) sont importants. On ne pourra donc que conseiller aux retardataires de se précipiter sur Les gens des collines, titre inaugural d’une formidable série entièrement disponible aux éditions Gallmeister. Dans Shérif malgré lui, on retrouve donc Mick Hardin, ancien marine et ex-enquêteur pour l’armée américaine. Sa sœur – shérif d’une petite ville du Kentucky où ils ont grandi – a été blessée à la fin du livre précédent. C’est donc Mick qui assure l’intérim, un peu malgré lui. Il faut dire que dans ces collines que Mick connaît par cœur, la tranquillité n’est qu’apparente et la violence resurgit souvent. C’est ainsi que notre shérif est contacté par son ex-femme dont le nouveau mari est accusé de meurtre. Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres du Kentucky, en Corse pour être exact, un personnage bien connu des lecteurs essaie de mener une nouvelle vie…

L’œuvre de Chris Offutt est unique et l’on imagine que ce roman, comme les précédents d’ailleurs, aura de quoi décevoir les lecteurs amateurs d’intrigues trépidantes et parfaitement calibrées. Il faut dire que Chris Offutt écrit toujours un peu le même roman, aborde toujours les mêmes thèmes (nos attaches à notre terre, nos racines familiales, les us et coutumes de son Kentucky…) et que ses intrigues policières semblent progresser « à sauts et à gambades », comme disait l’autre. Ainsi, dans ce Shérif malgré lui, en plus du premier meurtre sur lequel enquête Mick viendront s’ajouter d’autres morts violentes, des gangsters venus de Détroit, des Biélorusses franchement inamicaux et même une espionne britannique ! Tous ces éléments peuvent paraître hétéroclites mais Offutt parvient à les agencer avec habileté et le lecteur les accepte sans peine (d’autant qu’ils permettent à l’écrivain de nous offrir en fin de roman une scène d’action d’anthologie).

Mais l’essentiel n’est pas là. Ce que l’on aime dans cette série, c’est l’évocation du Kentucky, de sa faune, de sa flore, des habitants et de leurs codes hérités d’un autre temps. On aime aussi ce Mick Hardin, enquêteur d’exception, en proie ici à une profonde mélancolie. Coincé dans un passé pourtant révolu (son enfance auprès de son grand-père, son mariage raté…), Mick pressent au fur et à mesure du livre qu’il va devoir rompre avec cette terre qu’il aime pourtant plus que tout. Quant au fil narratif qui se déroule en Corse, il nous offre de très belles pages, souvent introspectives, loin des codes habituels d’un genre romanesque que Chris Offutt emprunte parce qu’il lui permet de se confronter à l’une des questions centrales de son œuvre : la violence.

Shérif malgré lui est peut-être le meilleur titre de cette série qui, selon nous, ne faiblit pas. Et à la lecture de son dénouement, on a d’ores et déjà très hâte très hâte de lire la prochaine aventure de Mick Hardin. Vivement 2027 !

Shérif malgré lui
Un roman de Chris Offutt
Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Sophie Aslanides
Editeur : Gallmeister
320 pages – 24 €
Date de parution : le 4 février

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