[Live Review] Suzanne Vega et Marie-Sarah à la Salle Pleyel (Paris) : 2.000 personnes sous le charme

Son dernier disque est formidable et Suzanne Vega est à Pleyel, la salle parfaite pour profiter de la subtilité de sa musique. Un concert de ce fait immanquable et qui a rempli ses promesses.

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Suzanne Vega – Salle Pleyel – Photo : Laurence Buisson

Le début des années 2010 avait vu Suzanne Vega sortir quatre disques de relecture de sa discographie, ce qui pouvait laisser suspecter une créativité déclinante. En 2014, Tales From the Realm of the Queen of Pentacles, premier album de nouveau matériel depuis sept ans nous avait rassuré sur ce point, sans laisser une impression plus forte que cela. Ce n’est pas le cas du formidable Flying with Angels, sorti l’année dernière, qui a renoué avec la grande période de Solitude Standing, en présentant 10 excellents titres produits par Gerry Leonard. Si, au niveau du style, le disque est proche de ce que Vega a toujours fait, les paroles témoignent d’un militantisme nouveau pour elle, bien que toute sa discographie soit placée sous le signe d’une profonde empathie. Critique subtile de l’administration Trump, hommage appuyé à la badass Lucinda Williams, pensées pour les morts et survivants de Marioupol, le disque montre une Suzanne Vega combattante avec une voix toujours aussi bouleversante. Assister à son passage à Pleyel est donc une obligation pour qui a été, comme moi, conquis par son univers depuis son premier album éponyme il y a… 40 ans…

Les horaires ayant manifestement été choisis pour permettre à tout le monde de rentrer tôt un dimanche soir, c’est à 19h pétantes que la première partie, Marie-Sarah, rentre sur scène. Manifestement fan de l’univers Motown, Marie-Sarah va nous délivrer un set de 30 mn de soul plutôt agréable, et interpréter des titres de son album On My Way. Marie-Sarah est la fille de Petit-Pays, une star camerounaise. Dès Can Feel It, son potentiel vocal est évident. Elle ne semble pas du tout intimidée par la salle, et c’est logique car elle a déjà enchaîné des premières parties d’artistes renommés comme Boys II Men ou Seal, qui l’a adoubée publiquement. On retiendra de sa prestation le joli Dark Black, et la reprise du You Know l’m no Good d’Amy Winehouse.

Suzanne Vega Pleyel LB 02Il reste quelques sièges de libres, mais la Salle Pleyel est presque complète, et, après 20 minutes d’entracte, c’est à 19h50 que Suzanne Vega arrive sur scène, accompagnée par son fidèle Gerry Leonard à la guitare. Sans surprise, car ce titre est joué en introduction de ses concerts depuis des décennies, elle débute par Marlene On The Wall, elle à la guitare acoustique et Leonard à l’électrique. Le son est superbe, Suzanne Vega bien en voix, et moi enchanté de réentendre l’un des meilleurs morceaux de son premier disque, cet hommage à Marlene Dietrich, qui m’avait incité à découvrir après son écoute l’intégralité de ses collaborations avec Von Sternberg. Cette soirée sera beaucoup marquée par les souvenirs. C’était prévu bien sûr, et renforcé par le fait que la voix de Suzanne Vega n’a pas bougé depuis 40 ans. Puisque nous y sommes, parlons tout de suite d’un autre extrait de son fantastique premier disque, The Queen and The Soldier, cette fable étant pour moi le plus grand morceau jamais écrit par Suzanne Vega. Joué un peu plus tard dans le concert avec l’aide de la violoniste Stephanie Winters, ce titre antimilitariste, qui est malheureusement toujours d’actualité, était celui que j’attendais le plus. Je ne l’avais plus entendu depuis quelques années, et sa force est toujours sidérante, les paroles inscrites pour toujours dans ma mémoire depuis sa première écoute en 1985.

Auparavant Suzanne Vega aura prévenu qu’elle commencerait le concert par des classiques, parce qu’au moins on les connaissait. D’où 99.9 F, et le fantastique Caramel, un vrai joyau bossa-nova. Ce n’est surement pas un hasard si ces deux chansons produites par son ex-époux Mitchell Froom sont ainsi enchainées. Nous avons ensuite beaucoup de plaisir à réentendre Gypsy, premier extrait de la soirée de Solitude Standing, un titre qu’elle oublie rarement, en souvenir de son premier amour autour d’une admiration commune pour Leonard Cohen. Ce qui est évident après ces 20 premières minutes, c’est que nos appréhensions sur la formule minimaliste du concert n’étaient pas justifiées. Certes, cela empêche peut-être par exemple de se délecter de l’orchestration suave et soul de Love Thief, que nous adorons sur son dernier disque, mais Gerry Leonard est un grand guitariste, et nous n’aurons besoin de rien d’autre ce soir que son talent et la voix de Suzanne Vega pour magnifier des compositions parfaites.

Suzanne Vega Pleyel LB 03Après s’être essayé à quelques mots de français, nous aurons droit aux premiers couplets de Tous les Garçons et les Filles de Françoise Hardy, occasion pour Suzanne Vega de nous raconter sa rencontre avec l’icône, et de se mettre évidemment le public encore plus dans la poche. Elle a de nombreuses anecdotes à nous confier, la plus savoureuse étant sa seule rencontre et un bisou sur la joue fait à Bob Dylan, avant d’entamer Chambermaid, variation sur I Want You auquel il emprunte le même riff. Speaker’s Corner lui donne l’occasion de nous confier ses peurs relatives à la liberté d’expression aux USA, la guitare se fait plus dure. De façon plus légère, I Never Wear White est dédié à tous ceux qui ne comprennent pas pourquoi elle s’habille toujours en noir. Tout l’univers de Suzanne Vega tient dans cette dualité entre thèmes universels et intimes. Ce titre nous semble surtout choisi pour son riff introductif fait pour Leonard qui s’amuse bien. Luka est évidemment le moment attendu, mais aussi redouté car annonçant le rappel, et ça ne loupe pas, l’enchaînement avec Tom’s Dîner étant pour le moins attendu. Suzanne Vega évite le célèbre a cappella originel, et Tom’s Diner est une grande réussite, nous permettant encore un fois d’admirer la technique de Leonard et ses palm mute.

Il est 21h, et c’est le rappel… Petit énervement à ce moment. Le rappel c’est le moment où l’on pense avec inquiétude à tous les morceaux adorés que l’on n’a pas encore entendus, conscient que certain manqueront forcément à l’appel : Calypso, peut être St. Clare, Night Vision ? C’est le moment où Suzanne nous prévient qu’elle adore New York et qu’elle veut faire une reprise de l’un de ses illustres représentants… Lou Reed… et le public de frétiller de joie. Bon pourquoi pas, mais franchement, Walk On The Wild Side, qu’elle a en outre déjà interprété maintes fois ? Ce n’était pas indispensable, et nous n’achetons pas la justification selon laquelle c’est son plus grand tube et qu’il l’a peu jouée. Il y a peut-être une raison à cela Suzanne… Oui on aime Lou Reed, mais quitte à le reprendre et à célébrer New York, nous pourrions apprécier Coney Island Baby la prochaine fois.

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La ville étant manifestement le sujet de cette fin de concert, In Liverpool et Galway sont suivre, cette dernière réclamée par le public connaisseur qui l’a déjà repérée sur le dernier album. Et de fait Galway est splendide et n’a rien à envier aux fleurons des premiers disques. Après un anecdotique Rosemary, Suzanne Vega nous laisse. Il est 21h30 : c’est sympa nous allons pouvoir suivre la soirée électorale.

Que retenir au global ? Une soirée certes prévisible mais très agréable, avec une autrice compositrice attachante que nous aurons plaisir à revoir lors de sa prochaine tournée.

Marie-Sarah :
Suzanne Vega :

Laurent FEGLY
Photos : Laurence Buisson (merci à elle)

Suzanne Vega et Marie-Sarah à la Salle Pleyel (Paris)
Production : Gérard Drouot Productions
Date : le dimanche 15 mars 2026

Leurs derniers disques :

On My WayMarie-SarahOn My Way
Label : Sony Music
Date de parution : 13 mars 2026

 

 

 

 

 

Flying with AngelsSuzanne VegaFlying With Angels
Label : Cooking Vinyl
Date de parution : 2 mai 2025

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