« Avalanche », de Lance Weller : une superbe fresque aux confins du Far West

Lance Weller fait appel à tous nos sens pour nous offrir une merveilleuse description de la vie aux confins de l’Ouest américain contrainte par une nature hostile et la violence des hommes. Avalanche est un roman foisonnant, épique et superbement triste.

lance_weller-photo
© Greg Francke

Par quoi commencer pour vous convaincre de lire Avalanche, le nouveau roman de Lance Weller ? L’histoire d’amour entre Clara et Jack si évidente et si émouvante ? La poésie des descriptions qui titille nos cinq sens ? La précision des détails géographiques et historiques qui ancre le récit pour encore mieux nous happer ? L’audace de créer un parallèle entre les épopées de la Grèce antique avec celles du Far West ? Western oblige, vous y trouverez aussi des lieux de beuverie, du whisky, des types au bout du rouleau, des scènes cocasses et des revolvers.

Avalanche_couvAvalanche s’ouvre sur une courte partie qui se déroule en 1890. Une mission de reconnaissance de la Great Northern Railway Company est envoyée dans la partie centrale de la chaîne des Cascades, tout à l’ouest des Etats-Unis. L’équipe, composée d’un chef de mission, d’un éclaireur, de trois défricheurs et d’un cuisinier, a pour objectif de tracer la route du futur chemin de fer. Mais en pleine montagne, contrariant leurs plans, ils trouvent un garçon, Jack, dont les parents viennent de mourir, terrassés par une fièvre virulente. Will, l’éclaireur, va alors prendre des décisions qui bouleverseront leur vie et celle des habitants d’une minuscule bourgade nichée au cœur des montagnes des Cascades au nom évocateur de Forsaken Heights, qui signifie littéralement « hauteurs abandonnées ».

En 1910, Clara, jeune femme de bonne famille fuyant le scandale, quitte l’Est des Etats-Unis pour rejoindre son oncle et sa tante à Forsaken Heights. Après un périple de plusieurs jours, dans le train, elle fait la connaissance de Jack, qui revient à Forsaken pour dire adieu à Will après des années d’absence. Considéré par les habitants comme celui qui a apporté le mal dans la ville vingt ans auparavant, Jack n’est pas le bienvenu. Si Clara n’a cure du qu’en-dira-t-on, elle est témoin de la violence dont font preuve ceux qui vouent une haine féroce à Jack.

Si ces deux paragraphes résument le début du roman, ils ne rendent pas justice à la qualité de l’écriture, à la richesse des personnages secondaires et à la construction du récit. Clara est une jeune femme érudite, passionnée par la Grèce antique.

Les deux grandes parties d’Avalanche s’intitulent « Anabase » et « Catabase ». Termes de grec ancien, le premier signifie un voyage vers les hautes terres, une expédition vers l’intérieur, le second désigne la descente aux enfers, un rite initiatique et l’ultime épreuve du héros.

Le voyage vers l’intérieur, vers les hautes terres est de plusieurs dimensions dans Avalanche : il s’agit du périple des protagonistes qui se réfugient dans ces contrées lointaines, mais aussi de leur voyage intérieur, celui de leur introspection et de l’acceptation de leur destin. Une avalanche dantesque sera la métaphore de leur descente aux enfers.

Lance Weller fait preuve d’un pouvoir d’évocation très puissant qui convoque les sens.

Il réussit à nous faire imaginer des odeurs : « Elle sentit immédiatement la chaleur du manteau et se trouva soudain enveloppée des odeurs de feux de camp du temps passé, de tasses de café brûlant, de boue et de poussière, de pluies diluviennes et de sueurs d’été, et, encore là, faisant encore partie du manteau et destinés à ne jamais le quitter, les subtils effluves de la poudre qui devait flotter dans l’air comme des drapeaux de deuils les jours où les armées ennemies se rencontraient ».

Mais aussi des images : « La lumière du soleil éclairait les croissants de neige poudreuse de couleurs qui balayaient tout le spectre – des verts étranges et des dorés éclatants, des bleus de Noël et des roses pâles comme l’intérieur lisse de certains coquillages – donnant l’impression que la Great Western avait allumé des aurores boréales dans quelque chose d’aussi courant que ces arcs de neige catapultée. »

Le lien qui unit Clara et Jack est subtilement décrit, par petites touches, sans forcer. Lance Weller écrit de telle façon que le récit lui-même est infléchi par la force intrinsèque des personnages.

Tout cela donne un roman beau et triste à en pleurer, oscillant entre western et drame, impossible à lâcher jusqu’à la dernière page.

Caroline Martin

Avalanche
Roman de Lance Weller
Traduction de l’anglais (américain) par François Happe
Editeur : Gallmeister
544 pages, 26,90 euros
Date de parution : 4 mars 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.