5 ans après Vertigo Days, nos amis allemands de The Notwist reviennent avec un album plus direct que d’habitude, qui présente une facette à la fois rock et mélodique, avec moins de sons electro. Une réussite majeure de plus pour ce groupe inclassable.

The Notwist nous avait déjà fait le coup, en 2014, du single toutes guitares dehors, taillé pour la scène : cela s’appelait Kong, et c’était l’un des meilleurs titres de Close To The Glass. Ils ont recommencé fin 2025, avec le premier single avant-coureur de leur nouvel album, X-Ray. Introduit par un riff irrésistible, c’est sa face rock que The Notwist met en avant, mais également son côté rêveur, lorsque le synthé sautillant rappelle les Flaming Lips période Yoshimi. Un titre à la fois énergique et porté par la mélancolie de la voix de Markus Arsher, et une des franches réussites de l’album qui vient de sortir.
Ce qui frappe à la première écoute du disque est son côté direct : les Notwist prennent leur temps pour sortir des disques, mais ont cette fois ci enregistré très vite, puisque l’album a été mis en boite en une petite semaine. Cette spontanéité se ressent, tout comme la moindre présence de l’électronique. On oublie souvent qu’avant Shrink, The Notwist avait sorti trois disques « grunge » pas très originaux. Eux ne les ont pas oubliés, les rejouant même récemment lors de concerts en Allemagne. En réécoutant maintenant l’affreux Is It Fear?, on peut mesurer le chemin parcouru, mais peut être aussi mieux comprendre le retour que font les guitares sur News From Planet Zombie. Le départ de Martin Gretschmann après Close To The Glass est également un élément explicatif de ce changement de son, tant il semblait en grande partie responsable des arrangements les plus electro des Munichois.
Juste avant X-Ray, nous avons le bonheur de déguster Teeth, une splendeur absolue, tant musicalement qu’au niveau des paroles : « I won’t sing in vain like all the others / I won’t get insane like all the others / I will find my way out of these buildings / I will find my way to you » (Je ne chanterai pas en vain comme tous les autres / Je ne deviendrai pas fou comme tous les autres / Je trouverai la sortie de ces bâtiments / Je trouverai le chemin jusqu’à toi). C’est tout simplement beau ! La voix d’Archer nous bouleverse comme jamais, la batterie d’Andi Haberl se fait discrète, et la mélodie stellaire nous emporte ailleurs. Que c’est grand ! Et qu’importe si Propeller, un krautrock sans intérêt, nous fait retomber sur terre, car c’est le seul morceau banal d’un disque plus que réussi.
Parmi les titres phares, on trouve le très indie-rock Silver Lines. La voix d’Archer est très différente de celle de David Gedge, mais le son des guitares et le rythme trépidant semble sortir d’un album d’inédits de Wedding Present. Celle-là, il serait malvenu de ne pas la faire en concert. The Turning se situe dans le même registre, celui d’un rock à guitare très mélodique. Il ne faudrait cependant pas imaginer que les Allemands se sont transformés en Weezer : l’album comprend son lot de chansons douces et simples, enveloppées de clarinette, harmonium ou congas… Snow est à écouter au casque pour une parfaite restitution de sa richesse sonore, Who We Used To Be et Like This River qui clôture le disque sont également tout en subtilité.
Et puis il y a les deux reprises, dont l’étonnant Red Sun de Neil Young. Les synthés initiaux pourraient laisser penser que le titre est un extrait de Trans, mais il provient de fait de Silver and Gold. L’original est un morceau country sur lequel Linda Ronstadt et Emmylou Harris apportaient leur contribution vocale, The Notwist transforme totalement l’arrangement et nous fait redécouvrir ce titre méconnu. L’autre reprise, How The Story Ends du groupe Lovers, est quant à elle dominée par les formidables collaborateurs du groupe, dont Enid Valu au chant, Haruka Yoshizawa à l’harmonium ou Mathias Gôtz au trombone.
Sophistication, recherches sonores nous faisant découvrir de nouveaux sons à chaque écoute, le tout avec un retour à l’électricité, et porté par un Markus Archer toujours aussi émouvant, News from Planet Zombie rejoint sans coup férir ses prédécesseurs les plus immédiats en tant que disque indispensable du groupe.
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Laurent Fegly
