« Cavillore » de Jérémie Claes : un roman noir au soleil de Haute-Provence

Après deux polars aux arrières-plans politiques, Jérémie Claes nous revient avec un livre plus personnel, entre roman noir et histoire familiale, aux parfums de Haute-Provence, ses terres d’adoption.

Jeremie Claes
© Philippe Matsas/LEEXTRA

Le belge Jérémie Claes n’est pas inconnu de nos services : on l’avait découvert en 2024 avec L’horloger, un thriller sur fond de complotisme, pas extraordinaire mais de bonne facture et avec des côtés plaisants.
L’individu avait récidivé en 2025 avec Commandant Solane toujours sur fond politique.
Et le voici de nouveau pris en flagrant délit avec Cavillore.
Avant de commettre tous ces crimes, le susnommé était un honnête caviste, amateur de cuisine conviviale et du soleil de Provence : c’est là, dans la région de Gourdon, le village de sa grand-mère, qu’il situe habituellement ses intrigues.

Nous sommes en 1993, au pied du plateau de Cavillore qui domine les gorges du Loup.
Le village de Gourdon est en émoi après la découverte de charognes déposées chaque jour au petit matin sur la route, non loin de la place.
Certains disent avoir aperçu une grande bête venue déposer les charognes, une énorme chienne, une sorte de Cerbère remonté des abysses du plateau, peut-être de l’aven du Trou-du-Mouton.
« C’est un chien, mais hors de proportion, un chien de légende. Un machin du Gévaudan. »

Des carcasses d’animaux, chèvres, chiens, … mais aussi le cadavre d’une jeune femme, une estrangère, une randonneuse : « que se passe-t-il donc à Gourdon ? »
« Les gendarmes n’ont pas rendu leurs conclusions que, déjà, on sait. C’est un meurtre. Le premier en plusieurs décennies. On ne se souvient pas d’ailleurs d’un crime commis dans le coin, et encore moins d’un assassinat. Il arrive que l’un ou l’autre se comporte mal, qu’il fréquente mal, mais jamais au village. »

Les habitants jasent et s’inquiètent. Beaucoup médisent, à propos par exemple de Rémi, l’enfant du village qui a mal tourné, de la « mauvaise engeance », ou encore contre les Camillieri, cette grande famille de marginaux à demi hippies qui occupent une ferme au-dessus de la petite cité.
Alors « tout le village s’inquiète et certains voient une malédiction dans la découverte successive des cadavres ».
Justin, le garde-chasse est chargé de patrouiller dans la garrigue.

Et puis il n’y a pas que des animaux proprement égorgés, il y a « cette fille. Chaque cadavre d’animal découvert rend le décès de cette fille plus mystérieux. Plus inquiétant ».
Alors bientôt « on en a marre de ces histoires de charognes un peu répétitives. Le folklore, ça va deux minutes ».
Plus haut, chez les Camillieri, c’est La Mère, Ariane, qui fait tourner la maison, une véritable cheffe de tribu. Elle accueille même Nico, le parigot revenu au païs.
Cela nous vaut un beau portrait d’une femme forte et bienveillante, et qui entend défendre les siens.

Mais cette année 1993, nous n’aurons que les échos des drames qui se sont déroulés sur le plateau de Cavillore et il nous faudra attendre 2024, un autre moment, une autre époque, pour découvrir toutes les clés de ce qui s’est vraiment joué là-haut.
Trente ans plus tard, les habitants du village ont beaucoup vieilli, certains ne sont d’ailleurs plus là et ce sont les enfants qui hériteront de ces clés. Des enfants devenus adultes mais qui ont grandi avec tout le poids de ces mystères silencieux.

Jérémie Claes a délaissé son commandant Solane et les arrières-plans très politiques de ses deux premiers polars pour nous livrer ici un roman beaucoup plus personnel, et c’est plutôt réussi.
On sent qu’il a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de Nico et que ce village de Gourdon lui tient vraiment à cœur. Les amateurs de couleurs et de saveurs locales vont se régaler.

L’auteur a réussi à équilibrer une intrigue de roman noir (il y a quand même quelques cadavres et pas que des chèvres !) avec une savoureuse galerie de personnages, comme cette belle famille des Camillieri, à qui d’ailleurs il dédicace son roman.
Si la première partie du récit (1993) est parfois un peu longuette et la prose un peu sèche, la dernière époque (2024) est un véritable régal qui profite de tout ce que l’on a accumulé dans les chapitres précédents.

Et pour finir, si l’on veut des connexions, des références, on peut penser à la navarraise Dolores Redondo ou mieux, à un natif de Haute-Provence, Pierre Magnan (pas très récent, celui-ci ☺ !).
Des auteurs qui savent tisser harmonieusement les énigmes d’une intrigue avec les légendes et les superstitions du pays, sans jamais laisser le fantastique prendre le dessus sur le récit.

Bruno Ménétrier

Cavillore
Roman de Jérémie Claes
Editeur : Héloïse d’Ormesson
240 pages – 19 €
Date de parution : 19 février 2026

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