Un tout petit peu plus de deux ans après une Cigale réussie, Alex Kapranos remplit deux soirs de suite l’Olympia avec son Franz Ferdinand. Nous y étions le premier soir, et il faut bien le reconnaitre : Ça marche toujours. Récit d’une soirée qui met de bonne humeur.

Je ne vais peut-être pas me faire des amis parmi les fans, mais pour moi avant cette semaine, Franz Ferdinand ça semblait fini. Un premier album formidable, un deuxième presque du même niveau, des bons moments sur les deux suivants, avant ce catastrophique Always Ascending (Tu parles…) en 2018, qui ,conjugué avec le départ du formidable guitariste Nick Mc Carthy, rendait les choses claires : le groupe avait cessé de m’intéresser. Une écoute attentive de The Human Fear, premier album en sept ans sorti l’année dernière, a révélé quelques titres intéressants, même si d’un niveau naturellement inférieur à celui des merveilles passées. Les deux dates du groupe prévues à l’Olympia auraient donc dû se dérouler sans moi, mais c’était sans compter sur un mail prévenant de la mise en vente de quelques places de dernières minutes. Pourquoi pas après tout ne pas redonner une chance à ce groupe qui en live a régulièrement mis le feu ? Et c’est comme cela que, bravant les averses froides qui nous rappellent que l’été est encore loin, je me dirige vers le balcon de l’Olympia.

L’après-midi avait bien commencé en découvrant le nom de la première partie. Nos fidèles lecteurs le savent, Irnini Mons est un groupe que nous apprécions beaucoup. Formé par des anciens membres de Decibelles, ce groupe lyonnais a sorti en 2014 un album intitulé Une habitante touchée par une météorite, qui, de fait, s’apparente plutôt à un ovni : des paroles un peu naïves et barrées, portées par les voix aériennes de Valentin et Sabrina, avec une batterie bien présente et un gros son de guitare. Le tout ne laisse pas indifférent, notamment en concert avec des moments limite stoner. Un groupe qui cite parmi ses disques préférés à la fois Blink 182 et le Crime of the Century de Supertramp mérite qu’on l’écoute attentivement !
On ne sait pas trop de quoi parle le premier titre T’as pas peur, à part de café, de vagues qui emportent et de bourrage de papier à la photocopieuse, mais c’est très fun, ambiance Talking Heads garantie. Quelqu’un de bien est absolument excellente, l’histoire d’une jeune femme en recherche d’identité qui danse avec le diable, sur fond de guitares bien agressives. Le classique Montréal démarre avec des harmonies de Valentin et Sabrina, avant elle aussi de laisser libre court à l’électricité. Le travail sur les voix nécessite en concert d’avoir un son parfait sous peine de tourner à la cacophonie. Le groupe en a bénéficié ce soir, et le set va se terminer par un morceau médiéval, Feu de Joie, sous des applaudissements nourris. Le pari est gagné, le public, au départ interloqué, a visiblement apprécié une prestation peu banale. Et en plus ils sont drôles et sympas. Un groupe à suivre, c’est indéniable et une première partie parfaite pour Franz Ferdinand.
A 21 h, Alex Kapranos et ses musiciens investissent la scène. Il a déjà été dit qu’en 2026, le groupe c’est Kapranos : le seul à s’exprimer, courant partout pendant 90 minutes, haranguant le public et attirant tous les regards. Et comme s’il avait besoin de cela, c’est celui qui porte des couleurs vives avec un jaune qu’on ne peut pas louper.
Le concert de la Cigale l’année dernière avait vu le groupe jouer les trois quarts de son dernier disque et ses morceaux les plus emblématiques, le principe sera sensiblement le même, avec néanmoins une place moins importante accordée aux derniers titres. Parmi ces derniers, nous retiendrons Night or Day interprétée très tôt dans la soirée, Hooked en rappel, et surtout Build It Up qui confirme son statut de meilleur titre de l’album. Globalement il faut reconnaître que les six extraits joués ce mercredi, s’ils ne déclenchent aucune folie particulière, s’insèrent néanmoins sans peine dans la setlist.
Pour le reste, pas de problème, le répertoire est solide, et garantit de passer une bonne soirée. The Dark of the Matinee joué d’entrée fait son effet immédiat dans la fosse. Le son est excellent, et le groupe joue carré, avec le son très rock qui caractérise sa nouvelle incarnation. Dino Bardot a semble-t-il trouvé sa place à la guitare et Audrey Tait est également irréprochable à la batterie.
Le premier grand moment de la soirée sera sans conteste l’enchaînement de deux des plus grands titres du groupe, ce Walk Away toujours aussi sublime, enchaîné avec No You Girls, ce joyau du troisième album qui a depuis toujours été un des grands moments des concert du groupe : la quintessence de leur funk rock, impeccable pour faire remuer les fesses. Tout correct qu’il soit, Audacious, le premier single de The Human Fear fera ensuite nécessairement redescendre la pression.
Le deuxième temps fort sera constitué des quatre titres d’avant le rappel : Michael, un incroyable Love Illumination que j’ai redécouvert, et qui donne l’occasion à Bardot et Kapranos de se lancer dans un duel de twin guitars, trop bon même si trop court. Et puis, bien sûr, il y a le bouquet final Take Me Out et Outsiders. Tout a été écrit sur Take Me Out, ce riff, ce changement de tempo, et ce côté dansant irrésistible qui fera enfin se lever l’intégralité du balcon de l’Olympia, comme il le fait dans toutes les salles du monde depuis sa sortie. On l’attend, on le connaît par cœur, mais ça marche à chaque fois, et on retournera voir le groupe à Rock en Seine cet été, principalement pour l’entendre une fois de plus. Outsiders, à n’en pas douter, sera de la partie aussi. Kapranos présente ses musiciens qui n’ont pas démérité, et c’est le rappel, au bout d’une heure dix. Franz Ferdinand, ce n’est pas le Grateful Dead, et les concerts sont toujours courts. Celui-ci l’a semblé d’autant plus qu’il a été bon et que nous n’avons pas vu temps passer.
Le rappel va s’avérer impeccable également. Le public ne s’est pas rassis depuis Take Me Out, qui a tout dynamité. Darts of Pleasure, Ulysses, un incroyable Hooked, et, bien entendu, une version rallongée de This Fire pour terminer, vont maintenir l’Olympia en ébullition. Oui, vous avez bien compris, ils n’ont pas fait Jacqueline, mais ça ne suffira pas à nous énerver, et mettre un bémol à notre bonne humeur. Nos successeurs du jeudi y auront droit, c’est juste la faute à pas de chance.
Kapranos cabotine, se couche sur la salle en nous énumérant les grands noms qui y sont passés (pas tous heureusement, on y serait encore…) et les lumières se rallument après 1h30 de concert irréprochable. Alors oui, ce n’est plus la folie des débuts (Oui les amis, la Cigale 2008 ! Je vous ai lus et je vous crois sur parole !), il y a un côté formaté évident, mais Franz Ferdinand donne toujours du plaisir à ses fans, en ayant trouvé une formule qui peut les faire tenir encore 10 ans, en intégrant, à raison d’un album tous les cinq ans, quelques nouveaux titres dans le set. C’est en tout cas une surprise pour moi, il n’est pas exclu que j’y sois.
Irnini Mons : ![]()
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Laurent Fegly
Photos Jean O (merci à lui !)
Franz Ferdinand et Irnini Mons à l’Olympia
Production : Alias
Date : le mercredi 25 mars 2026
Leurs derniers albums :
Franz Ferdinand – The Human Fear
Label : Domino
Date de sortie : 10 janvier 2025
Irnini Mons – Une habitante touchée par une météorite
Label : Machins Machines
Date de sortie : 26 avril 2024
