Dead Finks – New Plastik Abyss : l’énergie du désespoir !

Dead Finks continue à creuser son sillon, un quatrième album en six ans, une énergie qui se canalise petit à petit sans rien perdre de sa force. Des morceaux plus subtils et plus aboutis. Un groupe qu’on suivait et qu’on continuera à suivre !

Dead Finks
© Conor Culhane

Berlin, la ville du clubbing et des nuits sans fins, de la techno, de l’électro, est aussi une ville éclectique et électrique. Elle sait aussi attirer et accueillir les groupes à guitares, des groupes qui résistent à la suprématie des beats ! C’est le cas en particulier des Dead Finks. En 2019, il y a trois albums et quelques EPs de cela, Erin Violet et Joseph Thomas, Néo-Zélandais en provenance de Sydney, sont arrivés du bout du monde pour s’installer dans la capitale allemande. Acclimatation à l’écosystème Berlinois parfaitement réussie : Dead Fink Era (2020), The Death and Resurrection of Johnathan Cowboy (2021), et Eve of Ascension (2024) ont permis au groupe de se faire une belle réputation, une réputation dans le genre… post-punk ! Ah, encore, un nième groupe post-punk — en finira-t-on un jour avec cette étiquette ? Peut-être pas.

Dead Finks lp

Pour essayer d’en sortir, essayons autre chose : les Dead Finks s’inscrivent dans une tradition glorieuse et intéressante, type Wire, TV Personalities, The Fall, Gang of Four, mais réussissent aussi à faire quelque chose de relativement original. Sauvés. Une musique faite de guitares nerveuses, de compositions ironiques et angoissées, des textes poétiques (d’autant plus qu’ils sont quelques fois abscons) chantés d’une voix désabusée et détachée. Avec ces albums, le groupe a dépassé le stade des promesses, déjà confirmées. Mais ce quatrième album, New Plastik Abyss, leur permet sans aucun doute de franchir un cap.

Personnellement, je n’ai pas encore réussit à décider si l’album était meilleur que leurs précédents. Dead Fink Era, son côté foutraque et rempli d’un peu tout, était parfaitement réussi, de vraies bombes sonores, pour le coup plus punk et rock que post-quoi que ce soit. La radicalité d’Eve of Ascension était vraiment très accrocheuse, avec un côté mélodique et sombre, de nouveau brut, évoquant les premiers Wire ou TV Personalities, un album direct, tendu. Et donc aussi une belle réussite. Mais New Plastik Abyss est, probablement, plus abouti musicalement : le son est plus ample, la basse est plus ronde, les guitares plus dynamiques et cristallines, les compositions un peu moins rugueuses… Un album plus mûr peut-être, plus dynamique certainement, mais aussi plus homogène et plus cohérent. La production – signée Fabien de Menou – offre une profondeur nouvelle à la musique du groupe, sans perdre la force, l’énergie des disques précédents. Une énergie qui se transforme et devient, si on me permet la suggestion, plus pop et … lumineux.

À lire les paroles, à les écouter, on n’a pourtant pas trop l’impression d’un album lumineux. Ou alors une lumière noire. L’ambiance n’est pas aux réjouissances, avec des titres comme Contempt, Social Suicide ou New Plastik Abyss. Pourtant, je rangerai bien volontiers les morceaux du côté lumineux de la pop, des guitares claires, quelque fois atmosphériques, des mélodies presque entraînantes. Des morceaux qui dépotent, comme Innocence ou Eden ou Anodyne (quelque chose du The Cure des débuts dans les guitares claires). Eden est un des morceau les plus intéressant de l’album, une intro avec des arpèges assez mélodiques, une rythmique un peu lente et marquée mais des refrains à la limite de la folie particulièrement abrasifs, un solo tendu, acéré. Le contraste entre la retenue des couplets et la tension des refrains est particulièrement réussi.

Ce paradis précède un des morceaux les plus noirs et tendus de l’album, le plus débridé, le plus rugueux et punchy, Contempt, un début en fanfare, avec force cymbales, le chant qui a laissé la place à des hurlement débridés et fous, un morceau heurté, tendu qui a le bon goût de me rappeler les titres les plus bruts des albums précédents ! Et puis l’album se termine avec le déprimé New Plastik Abyss, un de ces morceaux lents que le groupe a déjà composés. Le groupe choisit la lenteur, plutôt qu’une explosion finale, la fatigue plutôt que la rage. On se quitte donc dans des larmes mélancoliques, la débauche d’énergie des morceaux précédents ayant épuisé tout le monde. Et il ne reste rien d’autre à faire que pleurer devant cet abîme de plastique qui nous engloutit.

Alain Marciano

Dead Finks – New Plastik Abyss
Label : BRETFOR
Date de sortie  : 27 mars 2026

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