« Les Habitantes » : Pauline Peyrade poursuit son exploration des marges

Dans une ferme isolée, au cœur des bois, une jeune femme vit coupée du monde. Pauline Peyrade signe récit à l’os, avec une atmosphère singulière où la nature et le silence occupent beaucoup de place.

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© Photo Mathieu Zazzo/Editions de Minuit

Dans une maison isolée au cœur des bois, Emily vit seule avec sa chienne Loyse. Un ancien corps de ferme, loin de tout, à l’écart des routes et des regards. C’est là qu’elle a grandi, recueillie enfant par sa grand-mère Moune après  que son père l’ait laissée là lorsqu’elle avait neuf ans. C’est là aussi qu’elle a appris à nager, à observer les bêtes, à vivre en marge, presque en autarcie.

Les-HabitantesMoune est morte, mais sa présence continue de hanter les lieux. Emily, elle, reste. Fidèle à cet environnement qu’elle connaît par cœur, qu’elle habite autant qu’il l’habite. Et puis il y a les lettres du père, insistantes, répétées, lui demandant de partir. La maison doit être vendue. Mais Emily ne répond pas. Elle s’accroche. Refuse. Continue sa vie, entre la ferme et son travail avec Aude, sa voisine et seul véritable lien humain.

Après L’Âge de détruire, récompensé par le Prix Goncourt du premier roman en 2023, Pauline Peyrade poursuit son exploration de figures féminines en marge. Avec Les Habitantes, elle compose le portrait d’une jeune femme retranchée du monde, dans un rapport presque fusionnel avec la nature.

Ce roman fait de détails précis, concrets, sur le quotidien d’Emily avance par petites touches, on y observe les gestes, les animaux, les saisons, les plantes… tout un environnement qui occupe ici une place centrale, au même titre que les personnages. Plus qu’un décor, il devient une matière vivante, omniprésente.

Derrière cette apparente simplicité, le texte raconte une histoire de solitude, choisie ou subie, d’un isolement qui protège autant qu’il enferme. Emily y apparaît comme une figure fragile, en équilibre, dont le lien au monde semble suspendu à ce lieu qu’elle n’a jamais quitté et quelle ne veut pas quitter.

Court, sec, presque sans affect, Les Habitantes frappe par son écriture précise, dépouillée, qui refuse les effets pour mieux s’ancrer dans le réel. Un texte singulier, à la fois rugueux et délicat, qui prolonge de la plus belle des manières  l’univers de Pauline Peyrade.

Benoit RICHARD

Les Habitantes
Roman de Pauline Peyrade
Editeur : Editions de Minuit
192 pages – 18€
Date de parution : 2 janvier 2026

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