« N’est-ce pas le livre en question ? » : un livre tout en questions

Foin de nos habitudes et de notre petit confort de lecteur ! En imaginant un livre exclusivement composé de questions,  Pierre de Valévoux – mais qui se cache donc derrière ce pseudonyme ? – nous entraîne malicieusement dans le vertige de nos incertitudes face à l’amour, la mort, la création, et même notre identité.

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Si on pose la question de savoir si N’est-ce pas le livre en question ? est un livre en questions, la réponse est oui. Il n’est d’ailleurs fait que de questions. Combien de questions, je n’en sais rien, c’est un livre qui n’aime pas les chiffres, qui ne prend même pas la peine de numéroter ses pages. Et les questions, je ne les ai pas comptées, mais il y en a beaucoup. À commencer par le titre qui mêle curieusement majuscules et minuscules et se conclut par un point d’interrogation, noir sur orange. Un point d’interrogation aussi – mais à l’envers – sur la quatrième de couverture. Orange sur noir. Est-ce important ? Je n’en sais rien. L’exergue n’est pas en reste – « Ne faudrait-il pas mettre une dédicace ici ? » – non plus que la notule de l’éditeur – « Les éditions do reçoivent-elles un soutien financier de la région Nouvelle-Aquitaine pour leur programmation éditoriale ? »

Nest-ce-pas-le-livre-en-questionN’est-ce pas le livre en question ? – on remarquera la forme interro-négative qui ne laisse guère de doute sur la réponse – est un livre qui se moque des codes et qui se moque de nous. Qui nous provoque, même. C’est le monde à l’envers, un livre où l’auteur nous interroge, un livre qui, au lieu de nous apporter des réponses, nous pose des questions. Certaines semblent bien naïves – « Que ne ferez-vous plus après la mort?  » – , d’autres absurdes – « Êtes-vous vous » ? » – , d’autres hautement philosophiques – « Vous faut-il faire semblant pour être? » -, la plupart sont tout ça à la fois. Le livre, les regroupant par thématiques, procède par glissements de sens, par subtiles variations – expansion ou retranchement – nous entraînant dans le vertige de nos incertitudes quant à l’identité, la création, l’amour, la mort.

Comment lire un tel livre ? Sans doute par fragments, une page par ci, une page par là. Parce qu’inévitablement, chaque question suscite le désir d’une réponse – quand elle ne nous met pas face à notre incapacité à en donner une. Il est une invitation à écrire son propre livre. il est un livre ouvert, comme un miroir qui nous serait tendu. On peut en faire une lecture solitaire, une occasion d’introspection, un jeu à plusieurs, un prétexte à discussion. On peut imaginer la façon dont on mettrait cette parole en scène. Une telle démarche qui, à la manière oulipienne, tire sa force d’une contrainte, constitue à la fois une réflexion sur l’être humain – « Ne vous réjouissez-vous pas d’être une série de questions infinie?  » – et, en remettant le livre en question, une invitation à nous demander ce que nous attendons de la lecture.

Anne Randon

N’est-ce pas le livre en question ?
Livre de Pierre de Valévoux
Genre : interrogatif
Éditions do
90 pages – 13€
Date de parution : le 20 mars 2026

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