Benjamin Fogel raconte l’histoire incroyable de son grand-père Paul et de ses compagnons unis pour évasion improbable. Les évadés du convoi 53 est un récit de survie, de solidarité et de courage, qui mêle mémoire familiale et mémoire collective.

Ils s’appelaient Paul Fogel, Robert Fogel, Sylvain Kaufmann, Hugues Steiner, Jacob Reymann, Léon Foucksman, Bernard Rozenberg, Sacha Benno Breslerman, Pierre-Jacques Braunschweig, Gilbert Koffmann, Angelino Schwarzwald, Jean Kotz et Josek Goldberg. Ils étaient treize au total et ont fait partie des évadés du « convoi 53 », ce train de la mort qui transportait 1008 Juifs, dont 118 enfants.
C’est leur histoire que raconte Benjamin Fogel dans son nouveau roman, et plus particulièrement celle de son grand-père, Paul Fogel, dont le destin incroyable méritait bien d’être évoqué, pour la mémoire familiale et, plus largement, pour la mémoire collective, afin que l’on n’oublie jamais les victimes de la Shoah.
Cette histoire, Benjamin Fogel l’avait mise de côté pendant des années avant de se décider, longtemps après le décès de son grand-père en 2012, à l’âge de 89 ans, à la porter à la connaissance du grand public à travers un livre.
Un travail de longue haleine, nourri de témoignages et de souvenirs, mais aussi de documents, de livres, de récits et de tous ces souvenirs que Paul avait laissés à son fils Bernard, et que ce dernier a transmis à son fils Benjamin.
Et nous voilà, lecteurs, embarqués dans une folle histoire : une course contre la mort, un récit de survie pour des hommes qui ont choisi de se battre contre la fatalité en décidant de s’évader d’un train allant de Drancy à Sobibor, en sciant le plancher de leur wagon avec des couteaux et des scies de fortune. Des Juifs que l’on avait d’abord parqués à Drancy, puis à Beaune-la-Rolande, en attente d’une déportation vers un avenir sans espoir.
Au fil de chapitres écrits d’abord selon le point de vue d’un personnage en particulier, on fait connaissance avec tous ces hommes et leurs familles, on découvre leur histoire personnelle, on découvre leur quotidien à Drancy, mais aussi celui de femmes et d’enfants, essayant d’oublier, autant qu’ils le peuvent, l’horreur du quotidien avant un départ inévitable vers les camps de travail ou, pire encore? On ne sait pas véritablement, mais dans l’attente, on craint le pire.
Et puis naît cette idée d’évasion, pour Paul, Robert Fogel et les autres. Un plan, et une unité qui va peu à peu se dessiner, une solidarité au service d’un projet fou, pour des hommes obstinés qui, malgré les échecs, continueront à y croire et mettront tout en œuvre pour pouvoir s’évader.
De cette matière, de cette histoire d’hommes, Benjamin Fogel a construit un récit haletant, qui se lit comme un thriller, un vrai récit d’évasion, « comme au cinéma », ponctué de rebondissements, de moments d’espoir et de total désespoir. Un livre écrit avant tout pour raconter des faits, de la manière la plus précise possible, laissant peu place aux sentiments…
A partir de tous les documents et témoignages à sa disposition, il a imaginé des dialogues, des descriptions minutieuses, montrant à la fois la fragilité et l’obstination de chacun, mais tous animés par une pulsion de vie inébranlable.
Un livre profondément bouleversant, jusque dans ses dernières pages. Un livre marquant, qui laisse des images fortes en tête, mais qui rappelle combien des êtres humains, peuvent déployer une énergie et un courage incroyables quand il s’agit de survivre.
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Benoit RICHARD
