Les Fantômes de Rome est le deuxième tome de la trilogie de Joseph O’Connor consacrée à un réseau d’évasion au sein de Rome et de la Cité du Vatican alors que les forces allemandes occupent Rome. L’écrivain irlandais confirme son talent de conteur dans un thriller historique bourré d’action qui rend hommage au courage de ces femmes et hommes prêts à défier les Nazis au péril de leur vie.

Comme le premier tome, Les Fantômes de Rome s’inspire de faits et de personnages réels, l’auteur en proposant sa version romancée. La Maison de mon père se déroulait en septembre 1943 ; celui-ci en février 1944, six mois après l’occupation de Rome par les Nazis et la prise de contrôle de la ville par le commandant de la Gestapo, l’Obersturmbannführer Paul Hauptmann (double fictif d’Herbert Kappler, zélé antisémite, coupable de nombreux crimes de guerre et contre l’humanité).
On se souvient de l’inaction du pape Pie XII face aux atrocités nazies perpétrées contre les Juifs. On sait moins que le Vatican fut le théâtre d’une remarquable opération d’évasion durant la guerre, non seulement pour les Juifs, mais aussi pour les communistes, socialistes, antifascistes et soldats alliés recherchés et se cachant des Allemands. Pour le Choeur, le réseau de résistance mené par le prêtre irlandais Hugh O’Flaherty, les enjeux sont les mêmes : sauver autant de fugitifs que possible à la barbe d’un Hauptmann prêt à tout pour les en empêcher. Eux se cachent au Vatican, Etat neutre de 0,44 kilomètre carré où l’armée allemande était interdite
Joseph O’Connor reprend la même recette narrative, alternant cœur de l’action et les témoignages de certains membres du groupe après la guerre (des extraits -fictifs- de transcription d’entretien à la BBC dans les années 1960). Le récit multiplie les points de vue afin d’offrir différentes perspectives de la situation, virevolte d’une scène à une autre sur un tempo d’autant plus rapide qu’il est accentué par des phrases courtes et percutantes qui disent l’urgence d’une vie qui ne tient souvent qu’à un fil.
Peut-être d’ailleurs que le récit est presque trop généreux ou fragmentaire. On perd assez souvent le fil de l’intrigue principale annoncée par la quatrième de couverture, qui tourne autour d’un mystérieux parachutiste qui pourrait mettre en péril tout le réseau d’évasion.
Mais les talents de conteur de l’auteur compense ce manque de lisibilité et de clarté. On ressent tout le panel des émotions de ces résistants, colère, peur, doute, désespoir parfois, dans une Rome en plein chaos de la Deuxième guerre mondiale. La description quasi panoramique de la situation, entre les raids aériens, la disette, les arrestations arbitraires, les espions qui menacent de s’infiltrer parmi eux, souligne à quel point le courage dont font montre les personnages principaux n’en est que plus précieux.
Et quand le projecteur se braque sur la membre la plus flamboyante du réseau, la comtessa Giovanna Landini, on se régale. Son bras de fer à distance avec le commandant nazi Hauptmann qui développe une obsession malsaine à son égard, fait monter haut le curseur du jubilatoire. On aurait presque aimé que le récit ne voit qu’eux …
![]()
Marie-Laure Kirzy
