Par ce bel et sombre album, Hervé Kerros et Yannick Orveillon rendent un hommage posthume à Quico et Pep Sabaté, figures de la lutte armée anarchiste espagnole.

Entre grèves et manifestations, injustices et répressions, Quico et Pep Sabaté Llopart ont grandi dans une ville de Barcelone en pleine ébullition, au sein d’une classe ouvrière qui se prépare à combattre. Dès1923, Pep prend les armes contre la dictature. Il est bientôt rejoint par son jeune frère. Ensemble, ils dévalisent les banques, de simples « expropriations », afin de financer le CNT, le syndicat anarchiste catalan, et d’acquérir des armes. Quand le danger franquiste se rapproche, ils rejoignent le front, mais sont confrontés à un nouvel ennemi, le parti communisme, qui fait exécuter leurs chefs. La lutte est âpre, tortures et exécutions sommaires sont courantes. Après la défaite, ils trouveront refuge en France.
La guerre d’Espagne a souvent été traitée en BD en France. Les Phalanges de l’Ordre noir de Enki Bilal et Pierre Christin ont marqué les esprits, comme, plus près de nous, les albums de Paco Roca. Hervé Kerros s’inspire de faits réels, la très longue lutte armée des anarchistes catalans contre les forces réactionnaires de Primo de Rivera, puis contre les franquistes et les staliniens espagnols, enfin, après l’exil, contre les nazis et les vichistes en France occupée. Après 1945, ils reprendront une dernière fois la lutte, alors désespérée, contre l’état franquiste. Kerros bâtit son scénario autour de la forte personnalité du légendaire « El Quico », le dernier des résistants.
Un format important lui permet de développer une histoire complexe. La première partie, qui court de l’insurrection à la Guerre civile, est un peu confuse. Les trop nombreux personnages diluent notre attention. Concentrée sur les deux frères, le fascinant « Jabali » et leurs proches, la seconde partie est plus limpide et plus sombre. La chasse à l’homme s’engage et la fin évoque plus Butch Cassidy et le Kid que les batailles de la guerre d’Espagne.
Le dessin de Yannick Orveillon est aussi précis que moderne. Il excelle aussi bien dans ses visages légèrement caricaturés que dans ses scènes d’actions, violentes et bien cadrées. De pleines pages magnifient les séquences importantes.
Vous connaissez la fin, le sacrifice des militants ne sauvera pas la Révolution. Bien que toujours aussi féroce, l’Espagne franquiste de l’après-guerre se rapproche des USA, intègre l’ONU et gagne une respectabilité aussi inattendue, qu’injuste. Alors même que répression continue et que la population se lasse, El Quico finira seul… ou presque.

Stéphane de Boysson
Llibertat – Jusqu’au dernier
Scénario : Hervé Kerros,
Dessin : Yannick Orveillon
Éditeur : Marabulles
224 pages – 26,99 €
Parution : 7 janvier 2026
Llibertat – Jusqu’au dernier — Extrait :

