Thundercat – Distracted : le chat ronronne…

Six ans d’absence, une liste de guests cinq étoiles et une basse toujours aussi irréelle. Avec Distracted, Thundercat est de retour mais se montre très sage. L’ancien enfant terrible du jazz/funk californien a rangé ses excès dans un placard un peu trop ordonné.

© Neil Krug

Depuis ses débuts sur The Golden Age of Apocalypse en 2011, Thundercat a construit une œuvre à part. Bassiste prodige sorti des rangs des fous furieux Suicidal Tendencies avant de devenir la colonne vertébrale du son jazz californien en compagnie de ses copains Flying Lotus et Kamasi Washington jusqu’à influencer Kendrick Lamar, il a surtout imposé sa propre grammaire : un funk teinté de jazz fusion et de soul 70’s, le tout emballé dans une esthétique anime/geek qui ne ressemble qu’à lui. Un univers de niche, a priori, mais où son talent a su faire tomber toutes les barrières au fil de sa discographie (Grammy à l’appui) lui permettant ainsi ces dernières années d’être appelé autant du côté de Gorillaz que de Justice.

Après un silence en solo de six ans, revoici l’artiste avec un cinquième album, Distracted. Et preuve de son importance grandissante dans l’industrie du disque, il s’accompagne d’un casting aussi varié qu’impressionnant : Tame Impala, A$ap Rocky, Lil Yachty, WILLOW, plus étonnement également les frères baroque-pop de The Lemon Twigs, et même son regretté buddy Mac Miller le temps d’un titre posthume sorti des archives et à la vibe groovy très Stevie Wonder. Mais l’invité le plus important ici se trouve aux manettes, caché derrière les consoles. En effet, Thundercat confie les clés du camion à Greg Kurstin, superviseur du projet et mastodonte de la pop musique (Sia, Beyoncé, Adèle). Et ça s’entend.

Plus lisse, moins audacieux, Distracted ne prend aucun risque. La basse est toujours là, belle, reconnaissable, impeccable. Mais on sent une volonté de bien faire, de plaire, d’aller un peu partout sans ne rien explorer, là où les prédécesseurs se nourrissait du chaos pour faire naître des moments géniaux. Ici, No More Lies avec Kevin Parker ou Funny Friends avec Rocky, qui auraient pu/dû être des sommets de psychédéliques et de rap, se contentent d’être au mieux agréables pour la première, au pire anecdotique pour la seconde. Parfois on s’ennuie même clairement sur Walking on the Moon, le très convenu This Thing We Call Love, ou Pozole par exemple. Sur ce dernier, la tentative de faire venir les harmonies vocales vintage quasi Beach Boys des frères D’Addario casse plus le rythme qu’autre chose.

Évidemment, quelques morceaux de bravoure viennent parsemer l’opus. On pense au très bon single I Did This to Myself, produit en compagnie de Flying Lotus, sur lequel Yachty vient mettre un coup de pep’s bienvenu. L’ouverture Candlelight vaut aussi la chandelle (oh oh), on y retrouve l’ADN de Brunner et ses structures plus imprévisibles, tout comme sur I Wish I Didn’t Waste Your Time et Anakin Learn His Fate. On se laisse bercer par le charme de A.D.D. Through the Roof en fin de parcours également, mais est-ce réellement suffisant ?

Si au fond, Distracted n’est décemment pas un mauvais disque car confortable, léché et parfois même beau, il est tout de même une petite déception eu égard du tourbillon créatif qu’est habituellement Thundercat, un artiste que l’on croyait immunisé contre le syndrome de l’embourgeoisement. Le risque a été ici mesuré, les angles arrondis, les invités bien sélectionnés pour aller chercher du public à droite à gauche. Rien de honteux en soi, mais pas non plus ce que l’on attend des explorateurs sonores de chez Brainfeeder.

Alexandre De Freitas

Thundercat – Distracted
Label: Brainfeeder
Date de sortie: 3 avril 2026

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