Un meurtre dont on ignore tout, une petite ville en apparence paisible, et quatorze jours pour remonter le fil du drame. Samuel W. Gailey compose un roman choral tendu, où secrets et culpabilité mènent à l’irréparable.

Samuel W. Gailey a construit l’intrigue d’Une ville silencieuse de manière très efficace. Si dès les premières pages nous savons qu’il y a eu meurtre, nous ne connaissons ni l’identité de la victime, ni celle du coupable. Il faudra dérouler les quatorze jours précédents pour comprendre la mécanique qui a conduit au drame et découvrir de qui et de quoi il retourne.
Black Walnut est une petite ville rurale sans histoires, avec ses habitants qui se connaissent depuis toujours, ses loosers et ses piliers (de bar ou de la communauté). Cap est devenu pasteur malgré lui, se sentant obligé de prendre la suite de son père, décédé brutalement dans un accident de voiture. Depuis, il noie sa culpabilité dans le whisky. Lorsqu’il est témoin d’un accident sur une route verglacée, il n’imagine pas à quel point la rencontre avec la conductrice va bouleverser sa vie et celle des habitants de la ville.
Tess, la jeune femme qui a eu l’accident, est sourde et muette. Elle a fui Syracuse et une relation que l’on devine toxique. Sa beauté ne laisse personne indifférent, ni les hommes qui n’hésitent pas à montrer leur intérêt, ni les femmes qui se méfient de cette fille débarquée de nulle part. Cap lui offre le gîte et le couvert en attendant que sa voiture soit réparée. Mais c’est là que les choses commencent à déraper.
Débute alors un roman choral qui donne la parole à plusieurs personnages qui tiennent chacun un rôle déterminant. À chaque chapitre, Samuel W. Gailey décrypte les failles qui déchirent les familles et les silences qui les étouffent. Derrière le décor d’une petite ville bien tranquille, beaucoup souffrent d’un quotidien insupportable. Robin subit la violence de son mari alcoolique. Maggie accepte les infidélités du sien jusqu’à celle de trop. Cap joue un rôle qu’il ne voulait pas endosser. Chacun à sa manière survit au milieu du maelstrom de ressentiments, de non-dits et de culpabilité.
Tess sera le détonateur qui fera exploser la chappe qui pesait sur la ville. Samuel W. Gailey fait partie de ces auteurs nord-américains dont on apprécie la justesse de ton, le lyrisme des descriptions et la sincérité des personnages de classe moyenne qu’il raconte. Ici, point de glamour ni de super héros, mais une galerie de personnes juste humaines, avec leur lot de malheurs et leurs espoirs.
L’intrigue est solide et bien ficelée. Une ville silencieuse n’est pas qu’un polar qui divertit. Samuel W. Gailey est déjà l’auteur de deux autres romans où il y aborde également les thèmes de la culpabilité et de la rédemption.
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Caroline Martin
