[Live Review] Archive et Bokka à la Seine Musicale (Boulogne-Billancourt) : Jouons collectif !

Les Londoniens d’Archive ont rempli la Seine Musicale pour notre dernière soirée avant le week-end pascal. Un concert largement centré sur le dernier opus, Glass Minds, qui a prouvé que le groupe était toujours une force créatrice majeure et une formation très efficace en live.

Archive O Potier 01
Archive à la Seine Musicale – Photo : O. Potier

Archive continue sa visite des salles parisiennes. Après un Accor Arena complet lors de la tournée Call To Arms and Angels et deux Zénith consacrés à revisiter ses albums les plus prog avec une soirée You All Look The Same to Me / Noise suivie d’une deuxième consacrée à la saga Controlling Crowds, c’est la Seine Musicale qui accueille ce vendredi soir la nouvelle tournée d’Archive, avec au programme le nouveau-né Glass Minds sorti en début d’année. Le concert est évidemment complet car s’il a bien une constante chez Archive c’est le succès continu rencontré dans l’Hexagone depuis Londinium en 1996, et surtout sa période rock planant datant du début du siècle. Le public de ce soir en est la conséquence : beaucoup de cinquantenaires qui ne louperaient cette soirée pour rien au monde, et qui viennent avec leurs gamins. En rentrant dans cette magnifique salle, quelque chose nous dit que c’est un bon choix : plus intime que l’Accor Arena, moins froide que la tôle du Zénith, dotée d’une meilleure acoustique, c’est une salle qui permet en outre un confort visuel dans toutes les catégories, et nous sommes assez confiants dans la capacité du groupe à en faire le meilleur usage.

Bokka O Pottier 01A 20 h pile, la salle est bien remplie pour accueillir la première partie, Bokka, qui se présente comme des potes d’Archive et a priori également comme un « collectif », même si je n’ai toujours pas compris la différence avec un groupe (Amis lecteurs, n’hésitez pas à m’éclairer). Les Bokka sont polonaises sont principalement composées d’un couple : Karolina Kosak et Bogdan Kondracki. Leur premier disque est sorti en 2013, et le dernier en date, White Room, en 2025. Leur musique est un mélange de dream pop et de pop electro qui pourrait sous certains aspects ressembler à celle d’Archive, si ce n’est l’utilisation très parcimonieuse des guitares. Nous allons avoir droit à un set très court de 25 minutes, avec six morceaux, dont trois tirés du dernier album. Nous en retiendrons le premier titre Life is a Game pour son côté rock (la suite étant très electro), la voix de Karolina qui a des intonations de Stevie Nicks, et aussi leurs… masques. Parce que oui, les Bokka sont masqués à priori pour ne pas être reconnus dans la rue, et pour que le public privilégie la musique. Pas pour le buzz bien sûr. En ce qui nous concerne en tout cas, nous n’avons pas prévu d’aller voir Bokka en tête d’affiche un jour, et n’avons pas besoin d’un sous Archive. October Drift en première partie à l’Accor Arena, ça avait plus de gueule, franchement.

Après 20 minutes d’entracte, la salle est bien pleine, et Archive rentre sur scène pour démarrer comme prévu avec le morceau introductif du dernier album, l’instrumental Broken Bits. Tout sauf une surprise, tant ce démarrage était une évidence à l’écoute du disque, et puis cela permet au groupe de prendre place progressivement. Ce qui l’est moins sera la représentation d’un nombre très limité de disques du groupe ce soir. Beaucoup de titres de Glass Minds, ce qui est logique, mais le reste de la setlist va intégralement puiser dans les albums ayant été interprétés lors des deux derniers Zenith. Nous avions déjà noté à l’Accor Arena qu’Archive délaissait ses deux premiers disques, et aucun extrait de Londinium n’y avait été joué non plus. Ce soir, la décennie 2010 va être totalement absente, ainsi que Call to Arms and Angels ce qui est surprenant.

Archive O Potier 02

Le titre le plus rock et premier single de Glass Minds, Look at Us, va suivre, le groupe jouant devant une vidéo en noir et blanc qui ne laisse pas trop de doute sur le caractère sombre des paroles (une réflexion sur notre monde déformé selon Darius Wheeler). Lisa Mottram est à son meilleur sur ce morceau, et nous notons ce qui va être une constante du son du concert : une batterie très sourde et lourde, qui renforcera le caractère martial de certains titres. C’est en tout cas un démarrage excellent. Wake Us Strange, l’un des meilleurs moments de l’album, et le deuxième single du disque, suit alors avec un superbe jeu de lumières, et le chant de Pollard Berrier renforcé par les harmonies haut perchées de Lisa. Archive sort de Glass Minds l’instant d’un titre, l’hypnotique Numb et ses guitares acérées. Darius Wheeler joue au chef d’orchestre et semble apprécier l’interprétation délivrée par ses troupes. Aucune baisse de rythme n’est à noter sur les quatre titres de Glass Minds qui vont suivre : City Walls est aussi belle que sur le disque, joli moment de répit avant Glass Minds et ses rythmes martiaux et sa mélodie entêtante au piano. Lisa Mottram est la star de ce début de concert sans aucun doute. Shine Out Power n’est pas notre titre préféré du disque mais rien à dire, sa version live nous l’a fait redécouvrir.

Nous sommes au milieu du concert et le meilleur est à venir : un enchaînement So Far From Losing You (plus dépouillée qu’en studio mais toujours le meilleur titre du disque) et Again que le groupe ne jouera donc pas en rappel comme à l’Accor Arena. La réaction du public est claire : c’était le titre attendu de la soirée, celui sans lequel un concert d’Archive ne serait pas complet. On a écrit beaucoup de choses sur ce morceau de bravoure de 15 minutes, son ambition et ses guitares à la David Gilmour, on le connaît par cœur mais il est incontournable. C’est le moment où il ne faut pas se louper pour Dave Penn. Son interprétation est magistrale, mais on se promet de demander un jour à Darius Wheeler si ça ne le gêne pas d’être obligé de l’inclure dans toutes ses setlist. On rêverait d’un enchaînement avec Daytime Coma qui a le même potentiel, mais il ne sera pas interprété ce soir, au contraire de Heads Are Gonna Roll. On ne va pas le cacher, le hip hop ce n’est pas ce qu’on préfère chez Archive, mais Jimmy Collins a du talent, et arrive à faire passer rapidement ce moment un peu pénible, ainsi que le Bastardised Ink qu’il enchaine.

Archive O Potier 03

Les thèmes développés par le groupe sur Controlling Crowds, la manipulation de la pensée, la surveillance des masses et la nécessaire résistance au fascisme rampant, sont évidemment prégnants plus de 15 ans après la sortie des disques, et la présence de morceaux tirés de ces albums logique dans ce contexte. Archive va ainsi clôturer son set avant le rappel par Dangervisit, un morceau sur la perte de contrôle, avant de revenir jouer Controling Crowds. Lumières rouges, vidéo avec une armée d’humains zombifiés qui ont des trous à la place des yeux, on est en pleine dystopie. Musicalement, c’est également magnifique. Lisa Mottram va faire sa dernière apparition sur Pills, Lines, son rap et ses la la la nous feront froncer les sourcils, et c’est le moment de défouloir avec Fuck U. Certes, les chansons d’Archive ne sont pas de celles que l’on chante en karaoké ou à pleins poumons avec le groupe, mais il sera noté que l’intervention principale du public parisien ce vendredi soir aura été de hurler Fuck You. Et ça fait un bien fou !

Pres de 2h20 de concert, nos Londoniens ont fait plus que le job. Alors oui, on peut être plus impressionné que réellement ému par les concerts du groupe, et ce concert ne réconciliera pas totalement le public et une presse musicale qui les prend rarement au sérieux, mais les quelques 7.000 personnes qui sortent de la Seine Musicale à 23h15 seront assurément au rendez vous de la prochaine tournée.

Bokka :
Archive :

Laurent Fegly
Photos : Olivier Potier (merci à lui !)

Archive et Bokka à la Seine Musicale (Boulogne-Billancourt)
Production : Alias
Date : le vendredi 3 avril 2026

Leurs derniers disques :

Archive-Glass-MindsArchive – Glass Minds
Label : Dangervisit
Date de sortie : 27 Février 2026

 

 

 

 

 

Bokka White RoomBokka White Room
Label : PIAS Recordings Poland and EE
Date de sortie : 17 octobre 2025

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.