« Pour 100 millions d’euros » de Jeff Pasques : le commandant Delestran est envoyé en Sibérie !

Jean-François Pasques crée la surprise avec ce polar rythmé qui emmène le lecteur et le commandant Delestran au fin fond de la Sibérie, chez les eunuques scoptes, pour une enquête musclée. Enfin, russe quoi !

© Patrice Normand – Leextra – Editions Fayard

Jean-François Pasques a décidé de brasser les cartes : après plusieurs polars très parisiens et des thèmes très « psychologiques » (l’une de ses personnages est même la psycho de service à la PJ), il va nous emmener beaucoup plus loin avec son nouveau roman : Pour 100 millions d’euros.
Très loin, d’abord au sens propre, puisque nous irons nous perdre au fin fond de la Sibérie, en Yakoutie le long de la Lena, ce fleuve monstrueux.
Ainsi qu’au sens figuré, puisque nous allons quitter les voyous de la banlieue parisienne pour aller nous frotter aux mafieux russes les plus redoutables.

Chacun sait que « en PJ toutes les aventures débutaient par une sonnerie de téléphone ».
Et ce jour-là dans les bureaux de l’équipe du commandant Delestran, ça ne sonnait pas pour rien puisqu’on avait découvert un véritable carnage dans un entrepôt de la banlieue parisienne : « là, c’est du lourd. On a trois cadavres ! ».

L’un d’eux est carrément éviscéré, sans doute une mule qui aura été éventrée par des impatients. Au vu de sa physionomie, les flics le surnomme l’esquimau. Curieusement, le gars est émasculé (mais cette « opération » date de bien avant son assassinat).
À côté de lui, deux autres cadavres en gilets pare-balles, visiblement des mercenaires, peut-être des anciens du Mossad « reconvertis dans la criminalité organisée, plus lucrative certainement ».
« – Nous voilà bien, un eunuque esquimau, chef de tribu, éventré à Paris avec deux autres cadavres israéliens tués par balle. »

Bientôt Delestran et son équipe soupçonnent deux mafieux russes venus régler leurs comptes à Paris.
Dans le même temps, les autorités françaises sont contactées par leurs homologues russes : « un Français a été enlevé au fin fond de la Sibérie. Il s’agit du président de l’Alliance française de Yakutsk, une ville avec un sous-sol gorgé de diamants et de pétrole ».

Le seul lien apparent serait ce fameux esquimau (qui est en fait un yakoute ou un sakha) venu du fin fond de la Sibérie : qu’avait-il ingéré de si précieux pour motiver ce carnage ?
Quant à sa curieuse castration, ce serait la marque de la secte religieuse des scoptes (eunuque en russe).
Tout ces mystères étranges vont motiver la mission du commandant Delestran et de son adjointe, la capitaine Beaumont, jusqu’en Russie pour retrouver les tueurs russes ainsi que le français enlevé à Yakutsk.
Quant aux fidèles de la série Delestran, ils auront même droit à « la révélation d’un irrépressible appel à la tendresse », mais chut !

Cette fois, Jeff Pasques a changé de braquet : ses polars se coulaient jusqu’ici dans une confortable habitude parisienne mais le voici qui se lance dans un scénario international que n’aurait peut-être pas renié nos écrivains voyageurs préférés comme Ian Manook ou Caryl Férey.

Pour autant l’auteur n’oublie pas son côté « psychologue » et le voyage en Sibérie sera l’occasion de faire se rencontrer deux cultures policières bien différentes : il n’y a pas plus éloigné d’un flic français qu’un policier russe, ou réciproquement.
Cette rencontre va nous donner l’occasion de trinquer « à l’amitié entre nos peuples ! » et de nous faire servir quelques réflexions et dialogues intéressants.
Souvent l’incompréhension est totale et pas seulement à cause de la langue.
Les russes ont une façon très personnelle de résoudre les conflits et la mission sibérienne ne sera pas un long fleuve tranquille (et la Lena non plus …).
« Delestran était encore tétanisé par ce qu’il avait vu. Les méthodes russes étaient vraiment effrayantes. »

Et puis on aime bien le folklore frigorifiant mais dépaysant de la Sibérie lointaine : la ville de Yakutsk est un « grand congélateur à ciel ouvert » où les habitations sont construites sur pilotis pour ne pas s’écrouler avec le dégel du permafrost.
Quand Delestran et Beaumont atterrissent là-bas, ils nous emmènent dans une autre dimension et la « banale intervention de police » va alors se transformer en véritable « expédition en Arctique ».
Mais Delestran trouve finalement que « ce n’était après tout pas si désagréable de faire le touriste ».
« Un panneau barré d’un trait rouge annonçait la fin de la ville. Un autre indiquait la ville voisine, Mirny, située à 1.171 kilomètres ».

Bruno Ménétrier

Pour 100 millions d’euros
Roman de Jean-François Pasques
Éditeur : Fayard
304 pages – 15 €
Date de parution : 1er avril 2026

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