Penguin Cafe – The Imperfect Sea

14 ans après la fin du Penguin Cafe Orchestra, suite au décès d’un de ses leaders, Simon Jeffes, le collectif renaît sous le nom de Penguin Cafe sous l’impulsion du fils, Arthur.

PENGUIN CAFE
Photo : Alex Kozobolis

On pensait le projet Penguin Café Orchestra éteint avec le décès de Simon Jeffes en 1997.Son fils, Arthur, légitimement, réactive le groupe en 2007. The Imperfect Sea est son troisième disque. Le fils a-t-il hérité des gènes de son père ? Fait-il évoluer la musique transmise par le paternel vers autre chose ?  Cherchons quelques éléments de réponse ensemble.

En musique, il existe des artistes passerelles entre des mondes, des hommes ou des femmes qui ouvrent les frontières. Simon Jeffes, en son temps, avec le Penguin Café Orchestra, fût de ceux-là. Un créateur qui sût aller chercher dans les musiques contemporaines, celles du monde mais aussi de la Pop pour construire un univers qui ne ressemblait qu’à lui.
Malheureusement, le destin devait décider un sale jour de 1997 de nous enlever ce grand monsieur bien trop discret car comme on le sait, les vrais héros sont toujours des êtres bien trop discrets. Restaient cinq disques immenses et libres pour se consoler de ce manque.
En 2007, son fils Arthur, décide de relancer le projet avec cette idée première de rejouer le répertoire du groupe originel mais très vite l’envie d’apporter de nouvelles créations à cette œuvre s’impose d’évidence. Jusque-là pas de souci, on a déjà vu des groupes se relancer sans leur leader historique.  Ici, c’est d’autant plus légitime que le fils reprend le chemin de son père.

Penguin Cafe The Imperfect Sea Erased Tapes – 2017Il faut tout de suite préciser avec ce troisième disque du maintenant raccourci au seul Penguin Café qu’il ne faudra pas venir chercher ici ce que l’on trouvait dans celle de son père. On aurait voulu adorer ce disque, on ne fait que l’aimer, non pas que l’on ne tolère pas l’évolution possible d’un groupe, loin s’en faut. Au contraire, avec The Imperfect Sea, c’est peut-être quand Arthur Jeffes tente de nouvelles choses qu’il est le plus pertinent. Les compositions les plus proches des plus anciennes souffrent un peu de la comparaison. Cette résistance à ce disque provient sans doute d’une combinaison savante de soustraction et d’addition. Il manque quelque chose à The Imperfect Sea, assurément pas la sincérité dans le propos. Ce qui fait défaut à ce disque, c’est sans doute ce caractère libertaire qui habitait les albums du Penguin Café Orchestra sans doute témoins d’une époque. L’humour aussi, ce ton pince-sans-rire, parfois un sourire au bord des larmes, parfois des larmes joyeuses.

Ce qui pose problème dans ce disque, c’est que l’on sent le respect du fils pour le travail du père, la peur de nuire à quelque chose de sacré alors qu’on l’aimerait parfois justement désacraliser l’univers du créateur premier pour devenir soi. Car finalement, on se coltine toujours avec la problématique de tuer le père.
Pour autant, les compositions d’Arthur Jeffes n’ont rien de honteuses, elles sont juste plaisantes d’un charme bien réel mais jamais n’atteignant l’originalité  de Simon Jeffes.
Que ce soit Rivercar ou Cantorum, on attend le grand frisson. Ce n’est qu’avec Control I (Interlude) et ses longs drones lancinants que l’on constate la volonté de fouiller de nouvelles pistes. Etrangement, c’est avec une reprise que Penguin Café réussit le bon mélange entre respect du patrimoine et envie de nouveaux horizons, ici Franz Schubert de Kraftwerk. Une belle manière de rappeler que la musique répétitive a une double généalogie, dans la musique contemporaine mais aussi dans la musique électronique.

On rencontre parfois la grâce comme par exemple Half Certainty que l’on pourrait croire immerger d’un vieux film italien en noir et blanc ou encore de Louise en hiver de Jean-François Laguionie.
On retrouve parfois certains des ingrédients que l’on aimait tant du temps du Penguin Café Orchestra comme ce goût pour les musiques folkloriques, celles d’Irlande par exemple sauf car il y a un sauf, sauf que Simon Jeffes le malaxait, le triturait pour modeler autre chose. Prenez Protection, le folklore reste à une portion congrue, allégée, presqu’inoffensive. Ce qui n’est pas forcément une qualité ici.

Ce qui donne tout son intérêt à ce disque, c’est un titre, Rescue qui annonce la grandeur à venir du Penguin Café. Le Penguin Café nouveau. Rescue ou cette capacité à assumer le parfait équilibre entre une structure venant de la musique classique, des violons puissants issus du Rock, une montée en puissance lente et progressive enthousiasmante et diablement contagieuse.
Now Nothing (Rock Music), réadaptation d’un titre extrait de Broadcasting from home, album de 1984 du Penguin Café Orchestra, n’apporte pas grand-chose à l’original.
La cover de Simian Mobile Disco, Wheels Within Wheels, prouve une nouvelle fois qu’une bonne composition peut subir tous les affronts, acceptera toujours le dépouillement car quand une chanson est solide, elle peut vivre toutes les métamorphoses comme ici, la pop de James Ford qui ressemble finalement plus à ce que Balmorhea, par exemple, peut proposer.

Il manque à ce disque quelque chose, une originalité qui irait au-delà d’une idéalisation de l’image du père. Néanmoins, ce qui rend ce disque attachant, c’est peut-être justement ces défauts où l’on voit lentement mais sûrement un artiste s’affranchir de l’ombre tutélaire, parfois écrasante de Simon Jeffes. On sent ici en germe tout ce que l’on aimera, c’est certain chez Arthur Jeffes et Penguin Café. Il faut sans doute laisser le temps faire son travail à son pas, à sa mesure…

Greg Bod

The Penguin Café  – The Imperfect Sea
Label : Erased Tapes Records
Sortie :  5 mai 2017

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DUPUIS
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Bonjour. Même si la critique est intelligente et certainement juste, il n’empêche que le « Penguin nouveau » est une bouffée d’air frais, une sensation de bien-être.
Un grand merci pour reconnaître le Penguin comme une musique nécéssaire à ma vie…