Low Roar – Once In A Long Long While

L’américain exilé en Islande Ryan Karazija plus connu sous le nom de Low Roar revient avec Once In A Long Long While, troisième disque plus serein que ses deux aînés.

Low Roar
Photo © Konrad Ćwik

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a une certaine constance dans ce que nous propose Ryan Karazija avec Low Roar, à savoir des albums splendides, trois au total pour l’instant (si l’on n’inclut pas Audrye Sessions, son premier projet). Des chansons Pop hantées par le vide et l’absence, par la douleur et la stupeur face au silence.

On ne s’explique pas dans ce cas le peu de reconnaissance pour ce projet largement trop méconnu. On voit pourtant son lot de disques mal ficelés qui baladent leur lot de mal-être artificiel remporter les lauriers de manière injustifiée et injustifiable. Jesse Marchant ou encore Foreign Fields marchent dans des contrées similaires à celle de Low Roar dans une même indifférence.

En cette année 2018 qui commence, il est peut-être temps de revenir sur les quelques disques qui nous ont accompagné tout 2017 mais que trop de nouveautés, trop de choses nous ont empêché de traduire notre enthousiasme en mots flatteurs. Once In A Long Long While a la patine des disques essentiels, de ceux qui nous accompagneront longtemps. Contrairement aux deux précédents, Ryan Karazija cherche l’apaisement. Tout transpire la volonté de vouloir voir les choses avec un nouveau regard. Don’t Be Serious en ouverture sonne comme un manifeste tant dans sa forme que dans son contenu. Plus teinté d’électronique qu’acoustique, Once In A Long Long While tente des pistes inédites à l’image de Bones, ce duo avec Jófríður Ákadóttir de Pascal Pinon.

On retrouve un peu de cette amertume que l’on croisait sur le premier Youth Lagoon mais ce qui se dégage encore une fois de ce disque c’est les talents d’arrangeur et de producteur de l’américain. Cela fait bien longtemps que l’on n’a entendu autant de nuances au sein d’un même titre comme par exemple, ici, Give Me An Answer, capable de traduire l’inquiétude et l’urgence. La dernière fois que l’on a entendu une telle clairvoyance dans le propos, c’est peut-être du temps de la splendeur de L’Altra.

Ryan Karazija chante un R’N’B à la fois désincarné  et pleinement habité. Il sera difficile de ne pas être saisi par la beauté irradiante de Waiting (10 Years). Si vous subissez cette chanson sans réagir, sans tressaillir, je ne peux que vous conseiller de contacter au plus vite votre médecin afin de vérifier que votre cœur ne s’est pas arrêté de battre. C’est si vite fait un organe qui nous lâche sans que l’on s’en rende compte. On pensera parfois aux Sigur Ros comme sur la pastille vibrante Without You.

Ryan Karazija chante dans Gosia ces instants où l’on aimerait oublier de respirer, se laisser envahir par la paralysie, mettre à distance l’autre, le vouloir encore plus proche pour le rejeter encore. Il chante l’épreuve, les épreuves comme autant de travaux à accomplir, comme autant de pierre à faire remonter le long de cette pente. Once in A Long Long While est en soi une épreuve, une douceur aigre, un peu à l’image de ces petits délices à la rancœur  insidieuse, ces petites choses qui creusent leur sillon en nous sans vraiment le dire. C’est sans doute la raison de cette indifférence face au travail de l’américain, c’est que la musique de Low Roar est tout sauf inoffensive, elle vient chiffonner notre intime le plus profond, elle vient déranger notre minuscule monde raisonnable, là où le cœur se plait à ne pas être.

Greg Bod

Low Roar – Once In A Long Long While
Sortie le 14 avril 2017
Label : Nevado Records

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