Boogie With Canned Heat : Le Blues au yeux rouges

En cette fin des sixties, le mouvement hippie tenait encore le haut de la scène et parfumait de Ganja tout ce qui leur passait entre les mains. Le Canned Heat ne dérogera pas à la règle en trempant le vieux Blues du Delta dans la fiole de LSD.

boogie with canned heat

Mais malgré les excès qu’ils feront subir au Blues, le genre en ressortira régénéré, permettant de jeter des passerelles inespérées entre les styles et les générations. Le blues de Boogie With Canned Heat a 50 ans cette année, et il bande encore…

C’est un Blues oublié, un Blues moribond qu’est venu exhumer Canned Heat. Le Blues des ancêtres qui transpire le sang et l’alcool frelaté.

Les pères de la Nation Blues après avoir été ignorés et « ghettoïsés » dans les clubs pour noirs de l’Amérique ségrégationniste redeviennent « branchés », grâce notamment à la jeunesse Londonienne qui s’arrache les vieux disques des légendes à prix d’or.
Cette jeunesse (dont les Stones sont les meilleurs représentants) animée d’un profond amour et du plus grand respect pour ces vieux maîtres, en ressuscitant cette musique « maudite » vont, à l’image du Rock’n’Roll des 50’s, sans complètement la trahir, la « blanchir » et la rendre acceptable aux yeux vitreux des réacs de tout poils.

Canned Heat reste dans cette période fin 60, début 70 les principaux (et certainement les plus purs) propagateurs de ce revival Blues.
Les petits gars de Los Angeles déboulent sur la scène Ricaine en pleine effervescence Hippie et font revivre ce Blues historique.
Les voilà nettoyant les racines de la plante Bleu pour la laisser respirer et lui permettre de continuer à pousser, la nourrissant aux engrais chimiques hallucinogènes et au profond respect des disciples blancs pour l’Olympe Noire des « six-cordistes ».
Ils enchaînent succès et titre phares d’une génération à toute allure (On The Road Again).
Ils dynamitent les standards en leur faisant téter des litres de binouze parfumée au LSD (Rollin’ And Tumblin’).
Ils plient le monolithe Blues au Psychédélisme naissant, versant sur les langues d’une jeunesse ouverte à tous les vents quelques gouttes de ce Blues « psychotrope » dans une grande messe électrique.

Ils le plie mais ne le rompent pas, jamais !

Malgré l’Harmonica mariné au Bourbon et la voix rocailleuse du grand Bob « The Bear » Hite.
Malgré les yeux abîmés et défoncés, malgré la guitare en overdose de Blues et d’Héroïne du génial Alan « Blind owl » Wilson. Malgré tout ça, leur Blues est d’une pureté sans tâches.

Canned Heat fait partie intégrante des géants du Blues entre les Robert Johnson, Muddy Waters et autres B.B King. John Lee Hooker disait de Wilson qu’il était le meilleur harmoniciste qu’il ait jamais rencontré.
Ils surent retrouver la substantifique moelle de ce Blues du Delta et la jeter au visage de ces Hippies enfumés ne jurant que par le « San Francisco Sound ».
Ils les réveillèrent de leur torpeur « Marijuanesque » à grands coups de Boogie saturé et d’harmonica cabossé.
Ils leur montrèrent crûment les cicatrices du passé et la véritable signification de cette musique Noire.

C’est en chassant de la main cet écran de fumée cannabique et ces restes d’effluves opiacées que l’on tombe sur le plus pur des joyaux encore intact : Le Blues.

Renaud ZBN

Boogie with Canned Heat est sorti le 22 janvier 1968 sur le Label Liberty Records

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