“Les poupées” de Clovis Goux : quand le nazisme inspirait l’art

Après avoir consacré un livre à Karen Carpenter, puis un autre à Jodie Foster, Clovis Goux nous propose cette fois un roman bien singulier composé de quatre récits qui tournent autour de la question de l’art dévoyé dans les années 70.

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© Patrice Mormand

Il y a d’abord l’histoire de Yehiel De-Nur, un rescapés de la Shoah, auteur sous le nom de Ka-Tzetnik 135633 d’un roman à succès, House of Dolls, toujours torturé par son passé dans les camps, il y a ensuite Luchino Visconti, le célèbre réalisateur italien évoqué au moment où il tourne Les damnés. Il y a aussi Leni Riefenstahl, auteure de films de propagande au temps du nazisme, en quête de réhabilitation, partie au courant des années 60, dans une expédition au Sud Soudan pour photographier le peuple Nouba. Et enfin, il y a un obscur cinéaste américain, le très tarantinesque Bob Cresse tournant des films de série Z dans lesquels se mélangent érotisme, sadisme et imagerie nazie.

Les poupées - Clovis GouxQuatre récits bien distincts ayant tous comme point commun une certaine idée de l’art dévoyé, plus précisément du cinéma et de la photographie engagés dans des démarches qui paraissent aujourd’hui pour le moins outrancières, pour ne pas dire limites, dans les années 70, à une époque où la mythologie liée au nazisme a été récupérée, recyclée à travers des œuvres plus ou moins douteuses, comme si une certaine frange de la culture avait tenté combattre le mal en le détournant, en voulant le transcender à travers des œuvres, aussi mineures soient-elles 50 ans après.

Au-delà du côté très sérieux et historique du sujet et de la dimension quasi philosophique qu’induit le roman, Clovis Goux nous offre avec Les poupées un récit par moment aussi assez drôle, plein d’anecdotes assez cocasses dans la partie concernant Leni Riefenstahl ou celle consacrée au minable cinéaste Bob Cresse, où il est expliqué que dans les années 70, tout un courant du cinéma underground intitulé “nazisploitation” consistait à mettre en scène des acteurs et actrices déguisés en nazis incarnant des êtres adeptes de pratiques sexuelles sadiques, avec au premier plan des femmes pulpeuses auxquelles ils faisaient subir les pires sévices, le tout dans des productions fauchées destinées à un public adepte de sadomasochisme ou d’un érotisme assez particulier.

Pour découvrir des images et des infos sur tout ce charmant petit monde évoqué dans le livre, on vous invite à aller voir le compte instagram de Clovis Goux

Benoit RICHARD

Les poupées
Roman de Clovis Goux
Editeur : Stock
295 pages – 20,90 €
Date de parution : 30 mars 2022

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