5+5 : les disques préférés de O’o

On nous apprend que le O’o serait le nom un oiseau hawaïen disparu : une information totalement inutile puisque O’o est désormais – et espérons-le, pour très longtemps – le nom du duo formé par Victoria Suter et Mathieu Daubigné, qui viennent de sortir un premier album remarqué. Et nous parlent, depuis Barcelone, des disques qu’ils aiment et de ceux qui les ont influencés…

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5 disques du moment :

Rosalía – Motomami

On fait dans le local pour cet album vraiment génial de Rosalía, un album qui casse les codes tout en étant une usine à tubes. C’est un gros challenge d’être les deux à la fois. Et puis quand sa voix est mise en avant, il se passe vraiment quelque chose d’assez magique, comme sur Sakura ou Genis. Bref, on aime pas que l’ambient ou les trucs chelous chez O’o.

Bendik Giske – Cracks

C’est fascinant de voir des musiciens maîtriser autant leur instrument, ici le saxophone serait comme une extension de son corps, c’est vraiment très, très beau. Un peu dans la même veine que Colin Stetson, qu’on adore aussi. Et puis au-delà de la performance physique, il y a aussi la musicalité. Au lieu de les cacher, il met en avant les imperfections et le fonctionnement interne de l’instrument. C’est hypnotique, c’est puissant, et plein de nuances. Gros coup de cœur pour le morceau d’ouverture fantomatique Flutter, et évidemment Cruising, morceau de 10 minutes qui n’est pas sans rappeler les boucles hypnotiques de Philip Glass.

Caroline Shaw & So Percussions – Let the soil play its simple form

Compositrice, violoniste, membre d’ensemble ou chanteuse, Caroline Shaw a remporté 2013 le prix Pulitzer de la musique pour Partita for 8 Voices. Ça pose un peu le truc… Sur cet album avec l’ensemble de percussions Sō Percussion, elle rassemble un peu tous ses pouvoirs. L’album est rempli de sons différents comme les boucles de voix, le son du marimba, le steel drum, et l’électronique…et on y trouve des poèmes, des passages de la Bible et même une reprise d’Abba. C’est vraiment un super album, et le reste de son travail est aussi très, très intéressant.

Art Feynman – Half price at 3:30

On aime énormément Art Feynman, qui est aussi Luke Temple de “Here We Go Magic“. Cet album est un album de chansons pop inattendues qui oscillent entre quelque chose d’actuel voire assez novateur tout en faisant des clins d’œil évidents à d’autres artistes moins contemporains comme Arthur Russell ou Paul Simon entre autres. C’est vraiment un album hyper fun, on sent qu’il a envie de s’amuser, de mélanger les genres. China Be Better, gros highlight.

Marina Herlop – Pripyat

Découverte en live au festival Mutek, Marina Herlop est une pianiste catalane de formation classique, qui fait justement fusionner ce classicisme avec quelque chose de beaucoup plus avant-gardiste. Elle invente même sa propre langue dans ses chansons. Son univers est un monde à part, ses mélodies sont insaisissables, on dirait qu’elle sort d’un conte de fées un peu sombre, ou même d’un jeu vidéo. J’ai lu un article qui parlait d’un mix entre Arca et Kate Bush, avec une petite touche de Björk. C’est un peu réducteur, comme ce genre d’analogies de manière générale, mais quand même, elle était bien trouvée.

5 disques pour toujours :

Brian Eno – Apollo : Atmospheres and Soundtracks

C’est difficile de ne choisir qu’un album de Brian Eno, et honnêtement ç’aurait pu tout aussi bien en être un autre, on les aime tous. À l’origine, Apollo a été composé pour le documentaire For All Mankind, qui traite de la mission lunaire d’Apollo 11 en 1969. Donc c’est vraiment un album cosmique, qui donne à la fois l’impression d’être perdu dans l’espace et au paradis. On atteint vraiment le climax astral avec les morceaux The Ascent et Deep Blue Day.

Emahoy Tsegue-Mariam Guebrou – Ethiopiques

Il y a quelque chose de simple et de complexe à la fois dans cet album, dans ces structures classiques aux accents africains. Ça se situe quelque part entre Chopin et le Blues, impossible de s’en lasser. Et en plus, l’histoire de cette nonne pianiste est vraiment incroyable, loin d’être légère et insouciante comme sa musique.

Kate Bush – Hounds of Love

Mélange entre le mainstream et l’expérimental. C’est un album tellement barré et en même temps terriblement ancré dans son époque, tout sonne 80’s dans ce disque, et pourtant si certains morceaux sortaient aujourd’hui ils seraient quand même hyper modernes. Un vrai bijou de sorcellerie musicale, avec des gros classiques comme Cloudbusting ou Running up that hill, mais aussi des morceaux complètement fous et flippants comme Waking the Witch.

Nicolas Jaar – Cenizas

On est tous les deux très sensibles au grand sens du groove de Nicolas Jaar, même quand il touche à des choses plus expérimentales. Il y a quelque chose d’extrêmement sexy dans sa musique, comme dans le morceau Mud par exemple, et évidemment une recherche du son qui nous a beaucoup inspirée pour O’o. L’univers est toujours assez profond et onirique, mais plus introspectif ici que dans ses autres albums. Ses morceaux ressemblent à des mantras, ou une sorte de musique religieuse moderne, notamment Vanish (l’entrée des voix prend vraiment aux tripes) et Hello Chain qui invitent presque à la prière !

Suzanne Ciani – Buchla Concerts 1975

Suzanne Ciani, disciple de la première heure de Buchla et maître incontesté de la machine… Elle transforme ce qui ressemble peut-être pour certains à un enchevêtrement impénétrable de fils et câbles en un instrument magnifique. On dirait une musique faite par ou pour des aliens, les sons sont assez hors du commun, presque vivants. Le son du Buchla, et notamment du Buchla dompté par Suzanne Ciani, nous a beaucoup accompagnés quand on faisait notre album, et nous accompagnera sûrement pour les suivants…

Touche, le premier album de O’o est sorti le 17 juin 2022.

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