[Netflix] By order of the Peaky Blinders, cette série est désormais fermée

Et on y est…. dernière saison pour la série BBC de Steven Knight popularisée par Netflix. Dernière incursion dans l’univers de la famille Shelby, quelque part à la fin des années 30 près de Birmingham, pour un round d’adieu efficace mais convenu.

Peaky-Blinders-saison-6

Impossible de démarrer cette critique sans rendre hommage au casting de la série. Sans rire, dans un scénario de “final” qui tourne autour d’un unique plot twist qui sous-tend la tension jusqu’au dénouement final, les acteurs sont la clé de plus grande réussite du show. Et démarrer, forcément, par Tante Polly, figure maternelle du clan interprétée par Helen McRory, décédée en 2021. Le final de la série entamée en 2013 ne pouvait évidemment manquer d’intégrer un des ses personnages phare et l’actrice reçoit un hommage funéraire digne de ce nom, intégré dans la narration.

Peaky Blinders saison 6Mais tout le casting, porté par une esthétique, des fringues et du rock chargés de les mettre en valeur brillent dans cette 6 e et dernière saison. Dans un univers de gangs, de politique, de sexe, de stupre et d’alcool qu’on sirote dans des verres biseautés, les personnes féminins sont pourtant ceux qui sont les plus intéressants au niveau de l’écriture scénaristique du “finale” : derrière Hélène Mc Rory, impossible de ne pas citer Natasha O Keeffe, en madame Shelby. Son personnage de mère est construit pour lutter contre toutes les failles du début du XXe siècle: la misère de la rue et le commerce du corps, le rang de la femme dans une société ultra patriarcale, la lutte pour les droits dans le foyer, dans le monde professionnel, dans les tables de négociations et celui de mère dans un monde industrialisé où la médecine balbutie.

On retrouve aussi Sophie Rundle (Ada Thorne) en soeur gauchiste de Thomas Shelby et héritière des négociations commerciales, Anya Taylor-Joy dans son rôle de fille de la mafia new yorkaise sorte de panthère joueuse d’échec et d’intrigues (Gina Gray). Seule Kate Phillips qui reprend son rôle de Linda Shelby est sans doute le moins bien développé ici et n’a pas la place suffisante pour déployer son personnage.

J’ai une théorie de la série à succès, dans laquelle les scénaristes se sont sentis tellement obligés de refermer les narrations concernant les personnages masculins, porteur de l’évolution de l’intrigue de cette guerre des gangs transformée en partie de Risk, que l’épaisseur de l’écriture des personnages masculins en lui même en souffre. Mince Thomas Shelby à côté de ses pompes c’est mince comme un papier à cigarettes. Sauf que c’est un bon acteur qui porte les scènes.  Alors que les personnages féminins à l’excception notoire de Linda Shelby continuent de recevoir leur soin habituel, leur souci du détail. Elles en acquièrent un surcroît d’empathie à mes yeux de spectateur.

Mais rassurons tout le monde : Cillian Murphy et son regard intense incarne toujours Tommy Shelby de retour dans la saison 6 de la série. Il fait toujours mouche. Paul Anderson et sa moustache continuent d’incarner le frangin aîné Arthur qui a ouvert la porte à ses démons dans les mines de sape de 14-18 continue d’incarner son personnage dévoué à la famille mais complètement dépassé par le rôle qui lui incombe. La galaxie Shelby est au complet (sauf ceux que la série à occis) . Finn Cole réendosse son personnage de neveu (Michael Gray), tout comme Harry Kirton (Finn Shelby), Sam Claflin (Oswald Mosley), Tom Hardy (Alfie Solomons)…. Le cadre de Peaky Blinders est posé et la dernière saison n’y déroge plus. Stephen Graham (le Al Capone de Boardwalk Empire) le complète pour un écho entre les deux séries (forcément tu le vois, en période de prohibition tu sais que c’est un méchant chelou)

 

Alors oui je parle du traitement des personnages en liminaire, parce que niveau scénario, on sent qu’on est dans la saison de liquidation totale avant changement de propriétaire. On quittait Thomas Shelby en mauvaise posture dans la saison 5 on le retrouve à cet instant précis dans la saison 6.

A part une intrigue majeure qui tient en haleine le spectateur : Thomas Shelby meurt-il à la fin, oui ou non…. Tout le reste est de l’ordre de l’épilogue bien foutu, mais somme toutes convenu. Les scénaristes referment la nasse. On sait ce que devient l’empire Shelby après la prohibition, on sait ce que deviennent ses ramifications mondiales, on sait comment tel le Avon Barksdale de The Wire, Thomas Shelby cherche à tout prix à passer ses activités mafieuses vers la légalité, on sait ce qu’il advient de son engagement politique, on se rappelle son passé gitan, on sait ce que devient sa progéniture et son mariage, on sait comment Arthur pourrait trouver la rédemption…

Mais l’air de rien, c’est quand même plutôt agréable en tant que spectateur de ne pas être pris pour un con et en temps qu’amateur d’histoires, de jouir d’une fin qui est écrite pour constituer une issue décente à 9 ans de binge watching. Mais si tu cherchais des “non mais whaaaaat”, tu restes un peu sur ta fin. On est plus dans une issue à la Zola ouvrant possiblement d’autres ramifications des Rougon Maquart (un film et un spin off seraient en préparation) fils d’un Lantier à fêlures que dans un summum de génie scénaristique.

Mais in fine, pourquoi regardait-on Peaky Blinders? Pour l’intrigue : Thomas Shelby gangster torturé cherche à mettre sa famille à l’abri après la guerre, persuadé que les politiciens se sont enrichis sur le dos des pauvres dans les tunnels de sape ? Définitivement non.

Ou bien plutôt pour ce subtil mélange de jeux d’acteur et d’actrices super bien menés, pour cette esthétique de la sape et du manteau de laine de 1920 à 1939, pour ces rouges à lèvres intense et ces cheveux gominés, pour ces scènes violentes filmées comme des ballets sur des standards du rock des années 80 à 2020, pour ces scènes de Londres, de Birmingham et de collines à Gipsies? Personnellement je suis de la seconde engeance (mais j’aimais Boardwalk et Mad Men pour les mêmes raisons).

Peaky Blinders est beau. Les femmes et les hommes y sont désirables, directs, violents, utilisent les artifices et attributs de leur sexe dans une société aux rapports humains hypers durs. Et c’est ça la vrai réussite de la série. Arriver à rendre le tout suffisamment haletant pour en faire une bonne saga, avec identification et plaisir esthétique.

Une fin tout ce qu’il y a de plus correct à une série bien foutue.
Mais en fait c’est déjà pas si mal. Hein ArthUUUr (ça ouais l’accent ça, ça va me manquer)

Denis Verloes.

Peaky Blinders – saison 6
série anglaise de Steven Knight
Genre : Drame
Avec : Natasha O Keeffe, Sophie Rundle, Anya Taylor-Joy, Helen Mc Rory…
6 épisodes de 50 minutes environ.
Diffusion sur Netflix depuis le 10 juin 2022

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