Même si les stéréotypes abondent et la mièvrerie n’est jamais loin, le succès planétaire de Comment devenir riche se justifie par une interprétation remarquable et par une vraie pertinence de cette peinture lucide des horreurs de notre monde.

Une grand-mère à la mauvaise humeur permanente et redoutable, menacée par un cancer en phase terminale, et son petit-fils sans cœur, bon-à-rien accro aux jeux en ligne, bien décidé à devenir son héritier en s’imposant dans sa vie durant les derniers mois qu’il lui reste : voilà le thème, à la fois mélodramatique et cruel de Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère), un « petit » film thaïlandais qui fait du bruit un peu partout dans le monde. Et dont le visionnage s’avère aussi frustrant que remarquablement convaincant.
Survendu comme une comédie qu’il n’est pas, Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) est le film d’un jeune réalisateur qui fait beaucoup plus pleurer (plus une paire d’yeux sèche dans la salle quand on en arrive au générique de fin !) que rire (même si les moments drôles, surtout dans la première partie, ne manquent pas) : en adressant frontalement le traitement de nos aînés dans la société matérialiste d’aujourd’hui, Pat Boonnitipat adresse un sujet réellement universel, ce qui permet à chacun de s’interroger sur ses propres rapports à ses parents (ou à ses enfants, suivant son âge), garantissant ce fameux impact « planétaire » que le film est en train de rencontrer. Ce qui ne veux pas dire, et heureusement, que le film délaisse son ancrage local : au contraire, cette chronique d’une famille d’origine chinoise installée en Thaïlande fourmille de références culturelles qui nous le rendent aussi « exotique » (on sent qu’on ne comprend pas tout !) que totalement crédible.
Démarrant comme une sorte de comédie « d’arnaque » avec ce petit-fils décidant de s’attirer les faveurs de sa grand-mère pour pouvoir hériter, Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) s’enfonce progressivement dans une chronique très noire, désespérante – et tantinet désespérée – de l’horreur de la cupidité qui prévaut (et détruit l’humanité en nous) quand le matérialisme dévorant de la société nous fait oublier les sentiments les plus essentiels que nous nous devons les uns aux autres, surtout au sein de la famille. Et la belle lumière que diffuse, et souvent, le film, provient de cette évidence retrouvée de l’importance de partager de simples moments qui définissent la vie mieux que tout.
Bien sûr, on voit bien, très tôt dans le film, que l’escroc, le rapace sans cœur et sans âme qu’est le petit-fils, va construire une relation forte avec l’escroquée. Pourtant, cette prévisibilité du scénario, cette soumission à des stéréotypes un tantinet décevants, aggravée par l’utilisation excessive d’une musique « émouvante », n’empêche pas que l’on s’implique totalement dans cette histoire de rédemption, de retour partagé aux valeurs essentielles : l’alchimie entre les deux acteurs principaux (Putthipong Assaratanakul et Usha Seamkhumest, formidables…) est remarquable, créant une empathie qui s’avère l’une des grands forces du film.
Pour en arriver à une belle conclusion, qui a l’intelligence de ne dédouaner personne de ses fautes, de ne pas mentir sur une quelconque amélioration morale des protagonistes. La vie continue, toujours aussi « dégueulasse », mais au moins quelque chose s’est passé entre deux êtres que la Vie séparait et qui se sont retrouvés.
C’est à la fois « rien » et « beaucoup ». C’est, en tous cas, et en dépit des maladresses du film de Pat Boonnitipat, ce qu’on attend du Cinéma.