« Nos soirées » d’Alan Hollinghurst : journal intime d’une vie 

Dans Nos soirées, le romancier anglais accorde une parole très libérée à David Win, acteur gay et métis. Le personnage raconte avec acuité des épisodes fondateurs et signifiants de sa vie des années 60 à la pandémie.

Alan Hollinghurst
© Robert Taylor

Alan Hollinghurst, lauréat du Booker Prize en 2004 pour La ligne de beauté et du prix du Meilleur livre étranger en France pour L’Enfant de l’étranger en 2013, est un romancier britannique trop restrictivement étiqueté comme écrivain gay contemporain. Si la sexualité homosexuelle est clairement abordée dans Nos Soirées, elle n’est pas l’unique thème du roman. Les relations mère-fils et la question du racisme en Angleterre depuis les années 60 traversent tout le récit. Nos soirées est un roman qui raconte la société par le prisme de la famille, de l’amitié, de l’art et de la sexualité.

David Win est un acteur anglais de père birman et de mère anglaise qui a connu ses heures de gloire. Le roman s’ouvre sur un échange entre David et son mari qui apprennent le décès de Mark Hadlow, un célèbre mécène. Pour David, il représente plus que cela. Il se plonge alors dans ses souvenirs…

Tout commence dans les années 60. David Win est élevé par sa mère, couturière dans une petite ville anglaise. Il n’a jamais connu son père, resté en Birmanie. Sa mère entretient le flou sur son passé à Rangoon. Les souvenirs tiennent en une photo du père de David, un coffret à couture et des tenues traditionnelles birmanes. David s’en accommode et adapte le passé familial à ses interlocuteurs, curieux de connaître ses origines. Le jeune garçon prend peu à peu conscience de sa différence ethnique dans le regard des autres.

Grâce à ses brillants résultats scolaires, David se voit accorder la bourse Hadlow pour intégrer une école privée. Être métis, élevé par sa mère et de milieu modeste : le jeune David sait qu’il lui faudra faire preuve de beaucoup de résilience pour trouver sa place dans une société anglaise encore très corsetée. Si David ne dispose pas de tous les codes qui régissent la haute société anglaise, son appétence pour le théâtre et son talent lui permettent malgré tout de tirer son épingle du jeu.

Très sensible à l’art théâtral et à la musique dans son collège huppé et encouragé par un de ses professeurs, le jeune David se lance dans des études littéraires à l’université. Il assume aussi son attirance pour les garçons, ce qui lui vaut déconvenues et chagrins d’amour, comme tout un chacun.

Dans Nos soirées, David se remémore des épisodes de sa vie fondateurs ou marquant des tournants dans sa carrière et sa vie personnelle. Le théâtre expérimental, le manque d’argent, la camaraderie, la recherche de mécènes et un jeu salué par la critique ponctuent la carrière du narrateur, quand le racisme, l’homosexualité et le déterminisme social impactent sa vie personnelle.

La simplicité, la beauté et la nostalgie sont autant de sentiments qui traversent le récit. Alan Hollinghurst a certainement glissé des éléments autobiographiques dans l’histoire de David. La tendresse quand il évoque les silences maternels est touchante, l’humour quand il se moque des attitudes snobs de certains artistes est mordant.

Difficile à restituer dans une chronique, Nos soirées est un roman attachant et émouvant qui raconte superbement une vie.

Caroline Martin

Nos soirées
Roman d’Alan Hollinghurst
Editeur : Albin Michel
624 pages, 24,90 euros
Date de parution : 20 août 2025

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