Sept mois seulement après son passage au Théâtre Zingaro, voici la grande Shannon Wright de retour à la Maroquinerie, pour un set souvent très bruyant, très rock… ce qui ne veut pas dire que l’émotion a été négligée…

Shannon Wright, l’un des secrets (malheureusement) les mieux gardés du Rock Indie, est en ville. Son dernier passage à Paris ne date que de sept mois, nous pouvons nous estimer gâtés. Nous n’étions pas au Théâtre Zingaro en mars dernier, il s’agit donc pour nous d’une séance de rattrapage. Et puis la Maroquinerie, c’est quand même beaucoup plus approprié pour la musique aussi intimiste que brutale de l’Américaine ! Au départ, on est un peu inquiets, le concert n’est pas annoncé sold out, mais finalement, la Maro sera bien remplie, qui plus est de vrais fans, enthousiastes et recueillis, un public parfait pour Shannon.
20h : la soirée débute de manière aussi sereine que mystérieuse, avec Marie Maïko, deux jeunes femmes – qui se nomment en fait Delphine et Anne – qui nous offrent un duo violon-guitare électrique (au son la plupart du temps distordu). Leur musique parcourt un vaste spectre émotionnel, de la douceur romantique au fracas étrange. On est parfois à la limite de l’expérimental, mais ça pourrait très bien être aussi la BO d’un film qui n’existe que dans la tête des deux artistes. S’il n’y a quasiment pas de paroles – sauf sur une chanson plus conventionnelle, jouée à deux guitares – elles nous racontent un peu de l’histoire qu’il pourrait y avoir derrière. Comme Ana Maria, ce fameux fantôme éploré rencontré à Guadalajara au Mexique, et qui les suit désormais partout : un petit gravier dans sa chaussure l’a transformée en Cendrillon désorientée, etc. Bref, c’est, par moments, très beau, à d’autres c’est un peu longuet, mais en tous cas c’est original. Et même si l’on est dans un univers éloigné de celui de Shannon Wright, plus rugueux, bien plus douloureux, cela paraît une introduction totalement appropriée.
21h : Shannon Wright joue, comme pour son passage en mars, en format trio, soutenue par un bassiste et un batteur, tous deux parfaitement complices et attentionnés. Très vite, on réalise que, avec ce format, le set de ce soir sera très rock, heavy même parfois. Pour vous permettre d’imaginer de quoi on parle, c’est un peu une version grunge – car ce n’est pas pour rien que Steve Albini collaborait avec Shannon -, de la musique que jouait PJ Harvey à l’époque de son second album. Une musique à fort impact, qui devient même presque efficace, ce qui est un terme qu’on n’applique pas naturellement à Shannon. Une forme musicale assez éloignée de certains concerts de Shannon, comme celui en solo à Petit Bain il y a quatre ans, qui était une pure décharge d’émotion, secouante et tremblante à la fois. Ce qui ne veut pas dire que, ce soir, il n’y ait pas d’émotion, mais elle exsude plus des morceaux plus calmes joués par Shannon à l’orgue : Defy This Love et Countless Days (l’un des sommets de Reservoir of Love, le dernier album), en particulier, sont de véritables bombes mélodiques, entre les ritournelles magnifiques aux claviers et la voix qui monte dans les aigus, et il est à peu près impossible de les écouter sans verser sa petite larme.
Au fur et à mesure que le set se déploie, en forme de montagnes russes – alternance de moments d’excitation presque épiques (Ah ! With Closed Eyes ! Quelle perfection de rock’n’roll brutal), et de chansons dénudées – l’atmosphère dans la salle s’échauffe, monte en intensité, et le groupe ressent évidemment ce support, entier et inconditionnel, qu’il reçoit. Shannon laisse de plus en plus apparaître son émotion : elle finira en larmes après The Hits, bien plus redoutable d’ailleurs dans cette version live que sur l’album. Un seul titre en rappel, mais quel titre, le noisy – avec son étrange touche country – Black Little Stray. Mais Shannon reviendra pour un second rappel, non prévu sur la setlist, nous jouer un dernier morceau au piano, en solo, que nous n’arriverons pas à reconnaitre.
Verdict unanime parmi les fans de Shannon qui sont là au premier rang, et ne manquent jamais un passage de leur égérie : on ne l’a sans doute jamais vue aussi sûre d’elle, on ne l’a jamais entendue jouer aussi dur. Au point que l’on regrette de ne pas avoir insisté pour que les réfractaires à son style musical soient là, avec nous, tant le set a été chaleureux et convaincant.
Marie Maïko : ![]()
Shannon Wright : ![]()
Eric Debarnot
Photos : Robert Gil
Shannon Wright à la Maroquinerie (Paris)
Production : WART
Date : le vendredi 28 novembre 2025
Leurs derniers disques :
Marie Mïko – Le Baiser (Single)
Label : Marie Maïko
Date de parution : 24 juillet 2025

Shannon Wright – Reservoir of Love
Label : Vicious Circle
Date de parution : 7 février 2025
