L’écrivaine québécoise inaugure la collection Animales aux Edtitions Dépaysage dont elle assure également la direction dans le but de proposer des textes qui déclinent au féminin le Nature writing, genre littéraire rempli d’aventuriers, de voyageurs et d’ermites mais peu de témoignages féminins. Dans ce court récit, elle raconte sa superbe relation avec sa chienne-louve Séquoïa décédée il y a peu, dans un « livre crève-coeur » comme elle le dit sur sa page Instagram.

« Je vais coucher sur papier toutes les fois où on s’est mutuellement sauvé la vie, mon amour de Séquoia. »
Chaque chapitre correspondant à un événement important que le duo a connu, un par année de vie de la chienne, dans un souci d’épure qui concentre une émotion à fleur de peau qui m’a immédiatement touchée.
« Je suis passée, avec toi, de la fuite à l’enracinement ; grâce à toi de la carapace à la vulnérabilité, de adolescence émotionnelle à une certaine maturité ».
La vie de la narratrice n’a pas toujours été facile, semée d’épreuves à surmonter. La jeune femme s’est droguée, a été une proie aisée pour des hommes mal intentionnés, a enfanté et a du trouver la force d’échapper à une relation toxique avec le père de sa fille. On sent sa peur infusée les pages et on la voit tirer de sa chienne-louve la force qu’il lui manque pour fuir, s’émanciper, grandir, survivre tout simplement.
Mais plus qu’un récit célébrant un animal qui a été aimé de façon inconditionnelle ou un récit centré sur la narratrice, c’est la complicité égalitaire, sororale au-delà des espèces, entre cette chienne et son humaine qui est sublimée. Gabrielle Chiba-Filteau y ajoute une touche pertinente d’écoféminisme, Séquoïa s’alliant à la narratrice au sein d’une nature québécoise particulièrement sauvage. Cette chienne-louve est une présence bienveillante qui révèle la résilience des femmes dans une langue habitée rempli de poésie, de révolte et de douceur. Cette relation femme-chienne dit magnifiquement l’espoir d’habiter la nature autrement. L’appel de la forêt se conjugue avec un refus des violences faites aux femmes.
Un chien ayant un espérance de vie plus courte que son humain, le dernier chapitre est évidemment déchirant avec un dosage subtil des mots pour dire la douleur de la perte sans démonstration emplie de pathos, mais au contraire avec une justesse émotionnelle qui touchera de façon universelle les amoureux des chiens qui ont vécu ce type de deuil et les autres qui pourraient ne pas comprendre la force d’un tel lien avec un animal et grâce à ce livre le comprendront.
« Je suivrai ton exemple, ma louve en juillet. Je vivrai vieille en mordant dans la vie. Malgré la béance dans mon cœur. Il y a là, encore intacts, l’amour, la compassion, la douceur, encore plus forts que toute la méchanceté, la bêtise et la cruauté humaines. »
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Marie-Laure Kirzy
