Dry Cleaning – Secret Love : nouveau cycle

Pour son troisième album, Dry Cleaning s’attache les services de Cate Le Bon à la production et amorce un virage bien senti. Sans renier son ADN post-punk et le fameux spoken word de Florence Shaw, le quatuor laisse entrer plus de souplesse, de sensualité et de lumière dans ses morceaux. Une riche idée.

Max Miechowski

En l’espace de deux albums, Dry Cleaning s’est imposé comme l’un des groupes les plus intrigants de la nouvelle vague post-punk britannique des années 2020’s. Le quatuor a en effet su rapidement attirer l’attention avec sa formule devenue signature : guitares tendues, rythmiques sèches, basse épaisse et surtout sa leadeuse Florence Shaw avec son style vocal entre le spoken word et le chant murmuré. Une marque de fabrique pour les Londoniens qui ont su tout de suite s’attirer les éloges avec leurs EP’,s mais surtout via New Long Leg, leur premier disque, suivi dans la foulée par Stumpwork, histoire de bien enfoncer le clou.

Une sorte d’urgence durant et post-confinement où le groupe a tout vécu en autarcie, à cent à l’heure. Il était bien temps de se poser, de ralentir la cadence pour s’ouvrir à d’autres perspectives avant d’envisager de repartir à l’aventure (ré)créative. C’est par le biais de la scène et des tournées que Dry Cleaning a enrichi son répertoire de noms, s’acoquinant notamment avec Wilco durant l’enregistrement de leur opus Cousins, en 2023, produit par Cate Le Bon. Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, cette dernière s’est mise également à chapeauter les premières esquisses d’un futur projet du band. Puis de s’enfermer avec eux durant la demi-année passée dans la Loire pour peaufiner ce qui deviendra Secret Love.

Cette arrivée marque un véritable tournant. Sans tout bouleverser, elle accompagne le groupe vers un son plus souple, plus aéré. Le premier single Hit My Head All Day en donne tout de suite la couleur : la mélodie ondule doucement, la composition dégage une nonchalance presque  langoureuse, un peu « funky » (on n’est pas chez Nile Rodgers non plus attention). Cette tonalité plus légère se confirme dès le morceau suivant avec Cruise Ship Designer qui flirte avec une forme pop pendant que, plus loin, l’excellent Secret Love, joue une carte ouvertement sensuelle.

Les productions de Le Bon apportent une réelle plus-value à Dry Cleaning, un nouveau terrain de jeu bienvenu pour relancer la machine après un second album qui avait un peu tendance à ronronner. Ce qui n’est clairement pas le cas ici sous le rythme énergique d’un Rocks ou d’un Joy ou des essais plus abstraits, électriques mais réussis de I Need You et Evil Evil Idiot aux allures incandescentes.

Pour autant, derrière ces apports par touche, ces contours plus chauds ou lumineux, on retrouve intacte la substantifique moelle de leurs racines, de leur ADN musical, comme viennent le rappeler des Let Me Grow and You’ll See the Fruit et The Cute Things. Les mêmes guitares nerveuses, cette même tension sous-jacente et évidemment les élucubrations de Shaw, qui continue de réciter ses fragments de vie avec ce mélange de détachement, d’humour et de mysticisme. Un cocktail toujours plus savoureux.

C’est précisément dans cet équilibre entre identité et évolution que Dry Cleaning se trace le meilleur des chemins possibles, à un moment charnière de son parcours. Le groupe prouve qu’il peut expérimenter, s’ouvrir à de nouvelles nuances sans se trahir mais au contraire en se découvrant un éventail plus riche. Tout bénef’.

Alexandre De Freitas

Dry Cleaning – Secret Love
Label: 4AD
Date de sortie: 9 janvier 2026

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