Dans son nouveau roman, Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan interroge la disparition à l’ère du numérique et ce que raconte de nous le contenue de nos smartphone. Un sujet actuel et ambitieux, dont le dispositif narratif peine cependant à convaincre sur la durée.

Qui n’a jamais été tenté, un jour, de regarder dans le téléphone portable de son conjoint, de son enfant, d’un ami ou d’une collègue, pour y découvrir ce qui s’y cache : des fragments de vie plus ou moins secrets, parfois inavouables ?
Dans son nouveau roman, Delphine de Vigan s’intéresse à notre vie numérique, à ce que nous regardons, ce que nous écrivons, les traces que nous laissons sur les réseaux sociaux, dans nos conversations privées, sur les sites que nous consultons au fil des années. Le livre aborde plus précisément la question de la disparition à l’ère du numérique.
Romane Monnier, une jeune femme, disparaît soudainement sans laisser d’explication. Elle confie à Thomas, un inconnu, son téléphone portable et les codes qui permettent d’y accéder. À travers cet objet devenu un recueil d’archive intime, Thomas pénètre dans la vie et le passé d’une femme qu’il ne connaît pas. Romane se raconte ainsi par fragments à travers des images, des mots, des sons.
Thomas, de son côté, est un père de famille dont la compagne a elle aussi disparu, des années plus tôt, le laissant seul pour élever leur enfant, Léo, aujourd’hui adolescente. Le roman fait ainsi dialoguer en parallèle les trajectoires de ces deux êtres, tous deux habités par une profonde solitude.
Comme dans ses précédents romans, Delphine de Vigan interroge, avec une écriture sensible, nos vies intimes et notre rapport au monde virtuel. Elle aborde la question des traces numériques que chacun laisse derrière soi au moment où il disparaît. Pour cela, l’autrice adopte une narration fragmentée : le récit est entrecoupé de SMS, de conversations WhatsApp, de messages vocaux, d’extraits d’enregistrements sonores, notamment des entretiens réalisés avec la mère de Romane ou son psy, ou encore des longues notes laissées dans la mémoire de son smartphone.
Un dispositif formel qui peut cependant paraître un peu artificiel et qui nuit parfois à la crédibilité du récit et au rythme du livre. Si l’on a envie de croire à cette histoire, sa mise en forme apparaît, à certains moments, trop démonstrative pour convaincre pleinement. Certes, le propos est louable, le sujet intéressant, mais le roman semble finalement trop long et répétitif. Il donne par moments l’impression de tourner en rond, multipliant les constats déjà connus sur les limites et les dangers de notre rapport aux smartphones.
Je suis Romane Monnier laisse une impression mitigée, avec une histoire qui manque de chair et d’émotion, porté par des personnages assez fantomatiques. Un roman qui n’apporte pas grand-chose de neuf sur un juste toujours un peu casse-gueule et déjà largement exploré. Un angle plus singulier aurait sans doute permis d’en renouveler l’approche.
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Benoit RICHARD
