[Netflix] « Point de rupture 1975 » : l’année qui changea la face du cinéma américain

En 1975, l’Amérique vacille et son cinéma bascule. Dans le passionnant documentaire Point de rupture, 1975, Morgan Neville retrace une année décisive où le Nouvel Hollywood atteint son apogée, avant l’avènement du blockbuster.

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Il y a quelque temps, dans une mini-série documentaire, Apple TV expliquait combien l’année 1971 avait changé le cours de l’histoire de la musique aux États-Unis. Cette fois, c’est Netflix qui se penche sur une autre année clé de la décennie 70, à savoir 1975, une année charnière pour l’Amérique, et plus précisément pour le cinéma américain.

point_de_rupture_1975Ce film documentaire réalisé par Morgan Neville explore une période incroyable pour le cinéma américain. En 1975, New York, et plus largement les États-Unis, sont minés par la dette et au bord du chaos. Le peuple américain semble avoir perdu ses idéaux et s’enferme dans la paranoïa et l’individualisme, en proie à de nombreux tourments (crise pétrolière, guerre du Vietnam, scandale du Watergate ayant conduit à la démission de Nixon au profit de Gerald Ford).

Quant au Nouvel Hollywood, il est à son apogée, avec des réalisateurs (Coppola, Scorsese, Pakula, Forman ou Sydney Pollack) qui sont devenus les porte-parole d’une Amérique minée par la violence, la corruption et le racisme.
Des films comme Les Trois Jours du Condor, Les Hommes du président ou encore Taxi Driver marquent cette année 75 par leur vision sombre mais réaliste du pays et par le message qu’ils véhiculent, bien loin du « rêve américain » et des films de John Wayne.

Mais au cours de cette même année, un nouveau style de cinéma pointe le bout de son nez : ce que l’on appellera plus tard le blockbuster. Un cinéma de grand spectacle, incarné par Les Dents de la mer, sorti à l’été 1975 et qui va devenir un film événement comme l’Amérique n’en a jamais vu auparavant. Le film de Steven Spielberg va devenir le plus gros succès de tous les temps au box-office… avant d’être détrôné quelques mois plus tard par Star Wars.

Tout cela marque le début d’une longue série de films hollywoodiens à succès et le déclin progressif d’un cinéma réaliste et engagé. Lees studios vont produire en masse des films faits avant tout pour divertir un public familial. C’est aussi l’amorce d’une industrie cinématographique devenue une redoutable machine à cash, qui ne cessera de gonfler au fil des décennies.

Extrêmement rythmé, composé d’extraits de films, d’images d’actualité et d’interviews — notamment celles de Martin Scorsese, Oliver Stone, Josh Brolin ou encore Seth Rogen — ce documentaire de 90 minutes se révèle passionnant de bout en bout. Il permet de mieux comprendre cette Amérique déprimée des années 70, qui parviendra pourtant à se régénérer, à se réinventer et à imaginer de nouvelles perspectives économiques, liées notamment aux progrès technologiques et à l’avènement de l’informatique, alors balbutiante, sous l’impulsion de Bill Gates, également interviewé.

Seul regret, la durée finalement presque trop courte de ce documentaire qui évoque de nombreux sujets, parfois seulement effleurés avant de passer à autre chose. Un films qui aurait très bien pu se décliner en mini-série, tant il y avait à dire et à montrer sur cette année 1975, véritable point de bascule dans l’histoire du cinéma américain.

Benoit RICHARD

Point de rupture 1975
Titre original Breakdown: 1975
Documentaire de Morgan Neville
Avec Jodie Foster, Martin Scorsese, Oliver Stone…
Durée : 1h 30min
A voir sur Netflix depuis le 19 décembre 2025

One thought on “[Netflix] « Point de rupture 1975 » : l’année qui changea la face du cinéma américain

  1. Regarderai peut-être, même si l’idée d’un docu sur le cinéma produit par une boite dont le PDG a déclaré qu’il ne faisait qu’accompagner la désertion des salles par le grand public et trouver cool qu’un de ses enfants regarde Lawrence d’Arabie sur son téléphone portable m’agace sur le principe.

    1975 est vue comme une année symbolique concernant le ciné US parce que la liste des nominés à l’Oscar du meilleur film de l’année suivante est souvent considérée comme la meilleure de tous les temps : Vol au-dessus d’un nid de coucous (le winner)/Barry Lyndon/Les Dents de la mer/Nashville/Un Après-midi de chien.

    Concernant Spielberg, son image de « créateur du blockbuster » et de « fossoyeur » (avec Lucas) du Nouvel Hollywood lui a porté préjudice au niveau critique en France pendant des années. Ce n’est plus le cas heureusement. Déjà, Les Dents de la mer introduisait dans le cinéma hollywoodien à grand spectacle une recherche de réalisme dans la représentation de la « menace animale » pas éloignée dans l’esprit du cinéma US de l’époque. Ensuite, Jaws a d’abord rencontré (comme Rocky en 1976 et Star Wars en 1977) le désir de la population américaine de tourner la page des années de doute.

    Sinon… Les 3 jours du condor est effectivement sorti en 1975 à domicile. Mais Les Hommes du président ne sort aux States qu’en 1976. De même que Taxi Driver, qui triomphe à Cannes dans la foulée.

    PS: Pour l’anecdote, si Jaws lance aux States le principe du summer blockbuster, l’été restera pendant longtemps une saison cinématographique creuse dans l’hexagone. Jaws ne sortira en France qu’en janvier 1976. Avec le temps, les sorties de blockbusters d’été aux States et en France se rapprocheront et les choses changeront.

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