« Les fantômes de Shearwater » de Charlotte McConaghy : suspense sur une île du bout du monde

Charlotte McConaghy allie avec maîtrise les sujets de deuil familial et de changement climatique sur fond de suspense. Elle offre un roman choral qui se dévore, composé de personnages profonds et attachants. En plus d’une intrigue très bien menée, l’autrice délivre un message d’alerte saisissant sur le futur de notre planète.

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© Emma Daniels

Dominique Salt est le gardien de l’île de Shearwater, perdue dans l’océan Austral et soumise aux caprices d’un climat hostile. Il vit dans le phare depuis huit ans avec ses trois enfants. Cette île abrite, en plus de la faune arctique et de la flore insulaire, la plus grande banque de graines du monde et accueille des chercheurs dans une station d’étude qui leur est dédiée. Seulement voilà, la montée des eaux est inéluctable. La réserve de graines et la base scientifique vont très bientôt être immergées. Un navire doit venir récupérer les habitants d’ici quelques semaines, les chercheurs ayant déjà quitté l’île. Coupés du monde, Dominic et ses enfants doivent sortir de la réserve les graines soigneusement sélectionnées par un botaniste pour les sauver des eaux et garantir la préservation de centaines d’espèces.

les fantomes de ShearwaterMais un soir de forte tempête, Fen, la fille de la famille, découvre une femme inanimée et blessée sur la plage. Comment est-elle arrivée dans ce coin perdu de la planète, et surtout, pourquoi est-elle là ?

Ainsi débute Les fantômes de Shearwater, qui par de courts chapitres, donne tour à tour la parole à chacun des protagonistes. Mêlant récit écologiste et thriller psychologique, Charlotte McConaghy parvient à intéresser le lecteur à un sujet très pointu : comment la flore s’est disséminée sur toute la planète grâce aux oiseaux et comment permettre la survie des espèces.

Mais Les fantômes de Shearwater, ce n’est pas qu’un manifeste naturaliste. C’est aussi une réflexion sur le deuil et un thriller qui tient en haleine de bout en bout.

L’intrigue qui se déroule pour connaître les motivations de la femme échouée sur l’île et les secrets que semble cacher la famille Salt est parfaitement intégrée au récit.

Le deuil auquel est confronté Dominic et ses enfants, la perte de son épouse et de leur mère, est à mettre en parallèle du deuil d’un monde qui n’existe plus. Retourner sur le continent, en Australie, et envisager une nouvelle vie font partie du processus d’acceptation par les personnages d’un futur à construire. Charlotte McConaghy sait parfaitement transmettre les émotions sans mièvrerie.

Si la station d’étude de Shearwater n’existe pas réellement, l’autrice s’est librement inspirée de la Réserve mondiale de semences du Svalbard dont le tunnel a subi des inondations causées par la fonte du permafrost en 2016 et par une autre station d’étude bien réelle située sur l’île Macquarie. La station a été installée par le gouvernement australien et accueille entre vingt et quarante scientifiques. Elle est à ce jour préservée de la montée des eaux.

Charlotte McConaghy nous offre ici un roman haletant et sombre, un huis-clos à ciel ouvert, soumis aux éléments.

Caroline Martin

Les fantômes de Shearwater
Roman de Charlotte McConaghy
Traduction de l’anglais (Australie) par Marie Chabin
Editeur : Actes Sud / Gaïa
384 pages, 23,50 euros
Date de parution : 14 janvier 2026

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