Ulan Bator – Dark Times : le vent glacé des steppes du post-punk

Avec une dizaine d’albums en 30 ans, Ulan Bator traverse le temps à contre-courant, réapparaissant quand on ne les attend plus, leur inspiration comme seul moteur de leur production discographique. En 10 titres, ils brossent le portrait d’une époque entre conflit latent et dystopie post-moderne.

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Ulan Bator, un nom que l’on connaît d’on ne sait où… La capitale de la Mongolie ? Pas forcément la destination touristique à la mode. C’est un groupe français qui faisait du post punk avant que ce soit à la mode, et dont la reconnaissance reste confidentielle malgré une douzaine d’albums, dont un produit par Robin Guthrie de Cocteau Twins et un autre par Michael Gira de Swans. Ce dernier n’hésite pas à dire que c’est un des meilleurs groupes français de ces 300 dernières années malgré Maurice Ravel, Marquis de Sade ou Daft Punk.

Dark TimesLeur line-up, à l’image de leur son, est une équation mouvante, électrique, parsemée d’éclats bruitistes et de métamorphoses. Aujourd’hui, autour d’Amaury Cambuzat, fondateur du groupe, chanteur et multi-instrumentiste, on trouve Mario Di Battista à la basse et Franck Lantignac qui revient à la batterie et aux percussions, après presque 20 ans d’absence. Il y a aussi le violoncelle de Monia Massa sur trois morceaux dont le très impressionnant L’Impératrice qui monte dans une spirale aussi psychédélique que gothique.

Ce groupe qui réapparaît à intervalle irrégulier prouve que le rock en français peut frapper fort sans jamais sombrer dans la mièvrerie, que ce soit dans les textes ou dans les sonorités. Dans les boucles de guitares, la rythmique et les phrases répétitives de Solidaire par exemple, je retrouve la poésie brute et cathartique d’autres groupes un peu obscurs à plus d’un titre comme Mendelson.

L’entrée en matière de Dark Times est forcément sombre, et ce dès l’élégante pochette noire et verte. Les premiers morceaux ont une rythmique pesante comme un vieil album de The Cure, et des guitares sobrement saturées comme celles de tous les héritiers du post punk. L’angoisse monte progressivement, jusqu’à culminer sur Into Nothing avec la participation de Daniel D. Hedin (chanteur suédois dans LeDays). Le morceau nous entraîne dans un délire d’une nuit fiévreuse, du genre de celles que l’on passe à cause d’une vilaine grippe !

Et comme un nouveau jour salvateur qui se lève, En Enfer, malgré son titre, est un morceau plein d’espoir porté par des arpèges de guitares fragiles. Même si la chanson dure plus de 6 minutes, l’éclaircie est de courte durée et nous replongeons dans un abîme de noirceur. Après une bonne inspiration, nous plongeant en apnée pour explorer une cité engloutie, où résonnent des bribes de souvenirs lointains. On entend des échos d’Au Clair de la Lune, comme chantés par un fantôme.

Dark Times, à travers une collection d’instantanés inspirés, est un constat si évident sur notre époque qu’il en manquerait d’originalité, si ce n’était justement le génie de cet album qui, de manière subtile, glisse ses émotions et ses messages dans un quotidien sublimé dans la plus belle tradition romantique.

N’attendez pas 9 ans le prochain passage d’Ulan Bator, personne ne sait de quoi ces temps-là seront faits.

Jean-Christophe Gé

Ulan Bator – Dark Times
Label : Acid Cobra
Date de Sortie : 26 novembre 2025

 

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