[Live Review] Matthew Caws au Nouvel Atrium (Saint Avertin) : l’ami américain et l’éléphant dans la pièce.

Le frontman du légendaire groupe américain Nada Surf a donné, par surprise, un concert solo acoustique pour le bien nommé « Intime festival ». Un merveilleux one shot avec, pour seules armes, deux guitares acoustiques et un répertoire étincelant.

Photo : Le Nouvel Atrium

Matthew Caws nous avait prévenus quelques jours avant le concert : « Ces temps-ci, je suis un peu déboussolé comme beaucoup de gens. Ce sera agréable de partager une soirée avec des amis paisibles. » C’était dit. Cette date en solo du frontman de Nada Surf, au cœur de nos hivers, n’aurait rien à voir avec la dernière tournée du groupe, sacrée épopée qui les aura vus sillonner la planète pendant un an et demi pour défendre leur dernier album, Moon Mirror.

Ce soir, au Nouvel Atrium, un théâtre intimiste de la banlieue de Tours, nous aurons droit à une soirée inespérée, à la bonne franquette, une respiration amicale au beau milieu des tumultes ambiants. Il faut dire que les temps sont un peu compliqués pour le plus francophile des chanteurs Américains. La situation politique de son pays, bien sûr, mais également quelques petits tracas avec le fisc anglais et américain qui lui demandent où il pouvait bien être chaque jour de ces quinze dernières années. Des « devoirs » kafkaïens qui menacent de noyer notre honnête homme sous la paperasse… Un concert, donc, comme une bouffée d’oxygène salutaire.

Pour cette nouvelle « tournée mondiale en solo qui ne comptera qu’une seule date », Matthew a choisi Saint Avertin. Il n’a pas touché une guitare depuis quatre mois, et les retrouvailles avec ses six cordes semblent le combler. Il déboule sur la scène sans tambour ni trompette. C’est les lumières de la salle encore allumées qu’il attaque avec humilité le fameux Blizzard of 77 de son non moins fameux groupe.

caws2Matthew a bien fait de laisser blanchir ses cheveux, c’est le seul point de repère pour nous convaincre que ce garçon n’a plus vingt-cinq ans. Silhouette longiligne, voix intacte et enthousiasme inentamé, il va, pendant 1h30, enchaîner tubes inoxydables (Always Love, Hyperspace…) et raretés scéniques (Friend Hospital, Fruit Fly…). Le public, assis et attentif, mesure sa chance et goûte les pépites de la setlist. Parmi elles, l’exhumation de Buried Plans, tirée de son fantastique, et sous-estimé, album Minor Alps mis en boîte il y a quelques lunes en collaboration avec Juliana Hatfield.

On le sait, Matthew, de mère française, maîtrise parfaitement la langue de Molière. Ce soir, il ne sera donc pas économe d’anecdotes pour introduire les morceaux choisis. Qu’il nous narre sa grande distraction et ses débordements de baignoire (In Front of Me Now) ou ses tentatives pour endormir un bébé en tournant autour d’un tilleul (Under the linden tree), il le fait avec une proximité et une simplicité confondantes. Pour un peu, nous aurions l’impression d’être ses potes autour d’une table. Potes à qui il fait même découvrir le titre sur lequel il travaille en ce moment (Whoo Hoo), morceau imparable et futur classique, à n’en pas douter.

Et puis viendra cet instant où, entre gens de bonne compagnie, il finira par évoquer « l’éléphant dans la pièce ». Un éléphant avec une cravate rouge, des cheveux orange, et qui a été élu 47ème Président des USA. Comme on tente d’effacer une tache que l’on espère ne pas être indélébile, il se confie. « Comme beaucoup d’artistes américains en ce moment, je vous demande pardon. Mais je vous demande également de ne pas vous inquiéter. Nous allons revenir. Je n’espère profondément. » Et d’enchaîner avec son New Propeller pour illustrer ses propos.

Bien sûr, comme Musk et Trump, Matthew Caws est américain, mais il n’a vraiment pas une tête d’amalgame. Car lui, depuis plus de trente ans en première ligne avec Nada Surf, il nous éclaire, remplit nos cœurs de joie, d’amour, et de sacrées bonnes chansons.

Ce fut encore le cas ce soir. Une soirée unique où chacun a pu mesurer quel artiste majeur il est. Avec, en guise de cerises sur le pancake, deux belles reprises : le Strange Powers des Magnetic Fields qui ne jure en rien avec son propre répertoire et, bouquet final, le I’m Only Sleeping des Beatles.

Ce fut là une parenthèse enchantée en compagnie d’un immense songwriter, un ami américain qui réconcilie, apaise et nous fait décoller bien mieux que tous les Air Force One du monde.

Manu Bourdier
Photos : Lenouvelatrium (Merci à eux)

Matthew Caws au Nouvel Atrium (Saint Avertin)
Production : Intime Festival
Date : le jeudi 22 janvier 2026

Son dernier album :

Moon MirrorNada SurfMoon Mirror
Label : New West Records
Date de parution : 13 septembre 2024

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