Un premier film français formaliste qui lorgne aussi bien sur le cinéma d’un James Gray que d’un Tarantino, ce n’est pas courant, et il faudra suivre la carrière de Julien Hosmalin, responsable de ce Sans pitié à la belle dimension tragique.

Il est assez revigorant de se retrouver face à un premier film comme celui que nous propose Julien Hosmalin. Sans Pitié situe son intrigue dans les friches industrielles où la rouille le dispute aux buissons denses, le type de paysages qu’affectionne Bouli Lanners. Le film a beau être français, la Belgique, ce plat pays aux ciels uniformes, contamine clairement le récit, d’autant qu’il suit des développements qui rappelle les heures sombres des années 90 restituées récemment par Fabrice Du Welz dans le très discutable Dossier Maldoror. À cet esprit s’adjoint une influence revendiquée du cinéma américain, ses codes narratifs (le récit en deux temps, l’enfance et ses traumas, l’âge adulte et ses règlements de compte) et son esthétique.
Car Hosmalin ose le formalisme, dans des sommaires au montage dynamique, des cuts en gros plan qui rappellent le regard acéré de Tarantino, muscle sa mise en scène lorsqu’il s’agit de balancer ses personnages sur des motos ou des voitures lancées à pleine vitesse dans des nuits fatales, et exacerbe le design sonore pour accroître la pesanteur des enjeux. L’artificialité revendiquée est pertinente, parce qu’elle avance à visage découvert, et qu’elle se met réellement au service de la caractérisation, du milieu et des enjeux dramatiques. Le monde forain prend forme, et les trognes épaisses des protagonistes s’enrichissent d’inflexions nouvelles, le récit naviguant constamment entre le polar glauque (dénué de tout flic, par ailleurs, ce qui n’est pas sans poser quelques questions de vraisemblance) et la chronique familiale.
Entre le très efficace Les Ardennes et les débuts de carrière de James Gray, Sans pitié trouve sa voie, approfondit le rapport fraternel dans un milieu où le silence prévaut, et où la dimension tragique palie quelques maladresses d’écriture. La direction des comédiens reste également quelque peu déséquilibrée par instants, un apogée excessif de cris et de larmes étant compensé par un échange taiseux d’une rare intensité (l’enlacement du père et du fils).
Mais les bases sont clairement posées, et l’on est ravi d’inscrire Julien Hosmalin dans la liste des cinéastes à suivre.
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Sergent Pepper
